mercredi 13 décembre 2017

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Les Anglais à la pointe de la vidéosurveillance

Nicolas Six, Micro Hebdo (n° 484-485)

mercredi 29 août 2007, sélectionné par Spyworld

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La France suivra-t-elle l’exemple du Royaume-Uni en matière de télésurveillance ? Middlesbrough et Northampton font figure de modèle.

« Je suis impressionné par l’efficacité de la police britannique grâce à son réseau de caméras », s’est enthousiasmé Nicolas Sarkozy, le 8 juillet dernier auprès du Journal du Dimanche. Le président de la République a demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, « de réfléchir à un vaste plan d’installation de caméras dans nos réseaux de transports en commun », en regardant de près ce qui ce faisait outre-Manche.

Avec 4,2 millions d’objectifs braqués sur ses citoyens, l’Angleterre concentre 20 % des caméras mondiales pour seulement 1 % de la population. Elles sont partout : dans les rues, les gares, les aéroports, les transports en commun, les voitures de police et... dans les casques des bobbies ! A Northampton, 100 km au nord de Londres, les policiers patrouillent avec une webcam accrochée au chapeau. En cas de délit, ils enregistrent quelques minutes de vidéo sur baladeur.

« Souvent de petites infractions, tempère le Sergent Mark Worthington. Nous filmons la consommation de boissons alcoolisées sur la voie publique, la dégradation de matériels publics, les comportements agressifs. Généralement, la présence de notre caméra suffit à dissuader les délinquants. Nous filmons aussi les enfants : face à une telle preuve, les parents ne peuvent plus nier. Après 8 heures de patrouille, nous rentrons avec une trentaine de minutes de vidéo. » Des délits graves ? « Occasionnellement des affaires de vol, ou de consommation de drogue. Dans ce cas, nous envoyons nos vidéos à un juge. »

Des caméras qui parlent...

Remontons 400 km au nord de Londres, à Middlesbrough. On y compte 156 caméras pour 150 000 habitants. Sur la place principale, un jeune homme escalade une sculpture pour épater ses amis. Une voix puissante l’interpelle. Le jeune homme regarde autour de lui : aucun policier. D’où vient le son ? D’un haut-parleur fixé sur un poteau, juste en dessous d’une caméra de surveillance. Ce haut-parleur diffuse la voix d’un policier assis à 2 kilomètres de là, dans le centre de vidéosurveillance de Middlesbrough.

En 2006, 21 caméras ont été équipées de haut-parleurs qui portent à 35 mètres. Une première en Grande-Bretagne. A quoi servent-elles ? « Le jour, principalement à réprimander les citoyens qui jettent des ordures à terre. La nuit, à calmer les passants ivres, agressifs... Dans 80 % des cas, le délit cesse immédiatement », précise Jack Bonnar, responsable du centre.

...et qui lisent sur les lèvres

A quoi ressemble le centre de vidéosurveillance ? Trois policiers assis devant 36 écrans scrutent les moindres faits et gestes des citoyens. Avec un joystick, ils peuvent orienter les caméras à 360°. En une seconde, ils zooment 22x. Très spectaculaire. Ce système de vidéosurveillance a coûté 2,2 millions d’euros, plus 100 000 euros pour les haut-parleurs. Jugée concluante, l’expérience « parlante » de Middlesbrough sera copiée dans une vingtaine de villes anglaises.

Mais l’innovation ne fait que commencer. En laboratoire, on prépare la vidéosurveillance du futur. Le Graal ? L’automatisation, car le Royaume-Uni ne dispose pas d’assez de policiers pour surveiller les 4,2 millions de caméras. L’intelligence artificielle est appelée à la rescousse. L’université de Norwich travaille en ce moment sur un logiciel capable de lire sur les lèvres. L’outil branché sur une caméra de surveillance permettrait de déchiffrer des propos, d’isoler des mots, et de les comparer avec une liste de mots-clés comme « bombe » ou « drogue ». Ce qui déclencherait une alerte ! Pour l’heure, le système ne fonctionne que dans des conditions d’éclairage optimales, avec un grand taux d’erreur (50 %).

Deuxième innovation : la détection des mouvements suspects. A Luton, un ensemble expérimental de huit caméras à 360° analyse les mouvements des corps. Capable de détecter une cinquantaine de comportements suspects, il déclenche des alertes au moindre doute. Ici aussi, le taux d’erreur reste élevé.

Les autorités britanniques travaillent aussi sur la reconnaissance faciale, notamment en temps réel. Elle pourrait permettre aux policiers de comparer à la volée les traits des passants à ceux des milliers de visages suspects. « Je n’ai rien à me reprocher, cela ne me dérange pas » : la majorité des passants interrogés sur le système de surveillance en vigueur se montre indifférente.

En France, en revanche, les propos du président de la République sur la marche à suivre en la matière rencontrent déjà des résistances. Le 9 juillet dernier, la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) rendait public un rapport intitulé « Une alerte à la société de surveillance » dans lequel elle s’inquiète d’une dérive à la Big Brother dans notre pays.


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