jeudi 14 décembre 2017

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Bienvenue chez Oussama ben Laden

Hugo Meunier, la Presse

mercredi 29 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Voyage au coeur du territoire de l’homme le plus recherché de la planète. Les envoyés spéciaux de La Presse en Afghanistan, escortés par l’armée américaine, ont eu droit à un privilège rare : visiter un cimetière de chars d’assaut, un camp d’entraînement terroriste et... les ruines d’un gigantesque domaine ayant appartenu à Oussama ben Laden.

« Je suis en retard, désolé ! » s’excuse Allan Jellum en déboulant de son véhicule, à quelques kilomètres de la base de Kandahar. Ce sergent-major américain est tout excusé, car il nous emmène dans un endroit que le monde entier voudrait visiter : l’ancien domaine d’Oussama ben Laden.

On y arrive après avoir parcouru en jeep un sentier cahoteux, parsemé de nids-d’autruche. Mais découvrir le camp d’entraînement de l’inspirateur d’Al-Qaeda vaut bien ces petits désagréments. On aperçoit d’abord, sur un long terrain vague, quelques murs d’escalade aux couleurs militaires, de différentes hauteurs. Il y a aussi un sentier en barbelés, où les soldats de ben Laden devaient ramper, l’arme au poing.

En arrière-plan, deux regroupements de maisons en terre se font face. L’un d’eux appartenait aux talibans, l’autre aux membres d’Al-Qaeda. Les deux groupes ne cohabitaient apparemment pas. « Leurs idéologies étaient différentes », explique Allan Jellum.

Entre les deux quartiers se dresse le domaine ayant appartenu au terroriste d’origine saoudienne. Un de ses quartiers généraux, en fait. La légende veut que l’ennemi public numéro un au monde se soit retrouvé à plusieurs reprises devant la ligne de mire de la CIA, dont ici-même une fois en 2000. « Je suis sûr qu’aujourd’hui il est mort, on n’a pas eu de ses nouvelles depuis un an. Mais son idéologie continue », explique le militaire américain, les yeux camouflés derrière d’épais verres fumés.

À l’entrée du domaine se trouvent les ruines d’un grand hangar, haut de plus de 25 mètres. C’est là que les véhicules de ben Laden, des jeeps et quelques blindés, étaient réparés. « Il avait son convoi personnel et son VUS à l’épreuve des balles », raconte notre guide.

Autour, plusieurs murs de briques et mortiers ont été pulvérisés ou transformés en gruyère par les tirs de roquettes et autres armes lourdes.

Là où tout a débuté

Un peu plus loin, nous entrons dans son quartier général. C’est dans cet endroit aux allures de fin du monde qu’Oussama ben Laden, sa famille, ses amis proches et ses conseillers vivaient lorsqu’ils étaient de passage. Une bombe de 225 kg a formé un immense cratère à l’endroit où ils dormaient.

Le bâtiment semble sur le point de s’écrouler, mais notre guide assure que la structure inclinée a déjà résisté à plusieurs violentes rafales de vents, qui frappent parfois la région.

Une partie du sol a été nettoyée, puisque des membres de la police nationale afghane, qui montent la garde sur les lieux, y dorment parfois. Deux d’entre eux, leur uniforme bleu, sale et trop grand, viennent d’ailleurs nous rejoindre en courant. « C’est la maison d’Oussama ben Laden », répète l’un d’eux, enthousiaste.

Après les salutations d’usage, ils insistent pour être photographiés. Hospitaliers, ils offrent de la marijuana émiettée, qu’ils mastiquent.

Tout près d’eux, les restes d’un bunker souterrain de deux mètres de haut. Deux projectiles de 25 mm traînent devant l’entrée. L’adjoint d’Allan Jellum, Bob Kerns, les cueille délicatement, avant de les enrouler dans sa veste tout aussi minutieusement. Il ira les détruire à son retour à la base.

À côté, les deux policiers afghans activent une pompe à eau. Un puissant jet coule presque aussitôt d’un tuyau. Une terre agricole s’étend à quelques mètres de là, où les hommes de ben Laden faisaient pousser le maïs, le melon et le blé. De hautes palissades en terre ceinturent le camp.

En quittant les lieux, on a un peu l’impression de tourner le dos à un des endroits où tout a débuté.

Cimetière de chars d’assaut

Pas très loin se trouve un point d’observation de l’Armée nationale afghane. Le sergent-major Jellum klaxonne deux fois pour signaler notre arrivée. Trois jeunes soldats afghans nous accueillent d’un signe de la main. Ils se frottent les yeux, comme s’ils venaient d’être tirés de leur sieste. À l’intérieur de leur petite tour étroite, des nuées de mouches virevoltent. Une odeur infecte flotte jusqu’au toit, accessible par un escalier en bois. De là-haut, la vue est imprenable sur la région.

Le terrain est plat à des kilomètres à la ronde. Les montagnes se profilent à l’horizon, embrouillées par le sable que les véhicules font tourbillonner.

Près de 200 chars d’assaut, lance-roquettes, mortiers et camions lance-missiles s’entassent dans une cour aménagée en bordure de la base de l’Armée nationale afghane (ANA). Quelques missiles, l’air intact, jonchent le sol.

Sont-ils toujours fonctionnels ? « Je ne prendrai pas le risque de les emporter », avertit M. Jellum.

Cet équipement lourd appartenait aux Soviétiques durant leur guerre contre les Moudjahidines dans les années 80. Lorsque l’Armée rouge a plié bagage, ces trophées de guerre sont tombés aux mains des talibans et du réseau Al-Qaeda jusqu’à l’offensive américaine, en 2001.

Carcasses de fer, parois déchiquetées, chenilles rouillées : la guerre a défiguré la plupart des véhicules soviétiques. Ceux qui ont survécu aux bombardements américains sont simplement amochés par l’usure du temps. Certaines pièces sont aujourd’hui recyclées au profit de l’armée afghane.

Sinon l’endroit, protégé par l’armée américaine et ses hautes clôtures barbelées, relève de l’ONU. « L’ennemi veut probablement le reprendre, mais ils n’ont pas assez d’hommes ni la technologie nécessaire », croit le sergent-major Jellum.

L’incident canadien

Pour les troupes canadiennes, le site de Tarnak Farms rappelle de bien mauvais souvenirs. C’est à cet endroit que les quatre premiers soldats canadiens ont perdu la vie, victimes de bombardements fratricides. Les militaires canadiens, alors en plein entraînement, ont reçu une bombe larguée par deux F-16 américains.

L’ancien château fot d’Oussama ben Laden, aux allures de fin du monde. - Photo Martin Tremblay, La Presse


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