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Pourquoi Moscou aime espionner Tbilissi

Ejenedielny Journal

vendredi 31 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Andreï Soldatov, spécialiste des affaires d’espionnage et fondateur du site Agentura.ru, dévoile les agissements des services secrets russes. Lesquels annoncent régulièrement une intervention de la Géorgie en Abkhazie.

Officiellement, les services secrets russes n’ont pas le droit de travailler sur le territoire géorgien, dans la mesure où les pays de la CEI ont signé, dès 1992, un accord leur interdisant ce genre d’activité sur le territoire des autres Etats signataires. Mais le renseignement militaire russe (GRU), lui, n’a pas paraphé le document, ce qui explique l’affaire qui vient d’éclater. Le travail du renseignement militaire concerne avant tout les sites stratégiques, et à ce titre la Géorgie peut intéresser le GRU, comme tout Etat en contact étroit avec l’OTAN. C’est aussi le cas des Etats d’Europe de l’Est. Prague est ainsi devenue l’un des avant-postes du GRU en Europe depuis 1999.

Pour l’OTAN, la Géorgie offre un emplacement idéal pour effectuer du renseignement électronique en direction de la Russie, grâce aussi bien à des avions espions qu’à l’écoute radio. En 1997, le gouvernement américain avait déjà proposé à la Géorgie de prendre part à son programme de défense aérienne, baptisé Regional Airspace Initiative. Celui-ci avait été conçu pour les pays d’Europe centrale trois ans auparavant, et l’un de ses objectifs principaux consistait à établir des “centres opérationnels nationaux de contrôle de l’espace aérien”. Ces centres devaient permettre d’échanger des informations avec tous les pays de l’OTAN et comportaient un réseau de radars militaires capables d’intercepter les communications radio. Installé sur le sol géorgien, un tel centre aurait pu surveiller tout le nord du Caucase, Tchétchénie comprise. Selon certaines sources, ce dispositif serait déjà opérationnel.

Il semble néanmoins que les agents du GRU n’aient pas eu pour seul but de percer les secrets de l’OTAN. Dès le début des années 1990, c’est le renseignement militaire russe qui a dirigé le “projet abkhaze”, jouant un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre entre la Géorgie et l’Abkhazie. Il a suivi de près les plans géorgiens, réels ou supposés, destinés à faire rentrer par la force l’Abkhazie dans le giron de la Géorgie. Il suffit de se souvenir des nombreuses déclarations des responsables militaires abkhazes concernant les plans secrets de l’état-major géorgien destinés à envahir cette République non reconnue [l’Abkhazie]. Ces mêmes discours alarmistes reviennent tous les automnes depuis cinq ou six ans. Même s’ils ne sont guère fondés, pensez-vous vraiment que ce sont les services secrets abkhazes qui ont pu se procurer ces informations ?

D’après le ministère de l’Intérieur géorgien, les agents du GRU se préoccupaient moins des terroristes des gorges de Kodori ou des derniers plans de l’OTAN que de l’emplacement des unités géorgiennes. Or ce genre d’information ne sert que s’il s’agit de vérifier une fois de plus si la Géorgie s’apprête à envahir l’Abkhazie. Andreï Soldatov


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