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Des failles dans l’enquête sur le meurtre d’Anna Politkovskaïa

Marie Jégo, le Monde

vendredi 31 août 2007, sélectionné par Spyworld

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L’enquête sur l’assassinat de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaïa, tuée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou, prend une tournure singulière. Jeudi 30 août, le parquet a annoncé avoir relâché, "faute de preuves", deux des dix suspects arrêtés, Alexeï Berkine et Oleg Alimov.

Le journal Kommersant explique, dans son édition de jeudi, qu’un troisième suspect, un policier spécialisé dans la lutte contre le crime organisé, Sergueï Khadjikourbanov, dispose d’un solide alibi : il purgeait une peine de prison au moment du meurtre de la journaliste. Un quatrième, l’officier des services de sécurité (FSB) Pavel Ragouzov, a bien été arrêté, mais pour une tout autre affaire, selon Alexandre Mintchanovski, porte-parole du parquet militaire.

ASSASSINATS NON RÉSOLUS

Cette affirmation contredit les propos du général du FSB Alexandre Koupriajkine, prompt à annoncer, le 27 août, que Pavel Riagouzov était impliqué dans les préparatifs du meurtre. Bizarrement, le général Alexandre Koupriajkine avait été mentionné par l’ensemble de la presse russe il y a un an comme limogé du FSB pour son implication dans une affaire de contrebande de meubles. Visiblement, il est toujours à son poste.

Le journal bihebdomadaire Novaïa Gazeta, où Anna Politkovkaïa travaillait, soupçonne le parquet de chercher à faire échouer l’enquête. En annonçant précipitamment l’arrestation des 10 suspects, le procureur Iouri Tchaïka n’a fait qu’entraver le travail des enquêteurs, qui ont désormais peu de chances de remonter jusqu’au commanditaire. "Nous ne comprenons pas pourquoi le procureur a dit qu’il fallait chercher le commanditaire à l’étranger alors que l’enquête est loin d’être terminée", a expliqué Roman Chleïnov, journaliste à Novaïa Gazeta.

En annonçant, lundi, que l’enquête était bouclée, le procureur Iouri Tchaïka avait assuré que le commanditaire se trouvait "à l’étranger" et qu’il avait agi pour "déstabiliser" la Russie. La famille et l’entourage de la journaliste n’en croient rien. Selon Novaïa Gazeta, en désignant un commanditaire hors de Russie, vraisemblablement l’oligarque Boris Berezovski réfugié à Londres, le procureur n’a fait que "paraphraser" les propos tenus par le président Vladimir Poutine trois jours après la mort d’Anna Politkovskaïa.

"Nos responsables mentent, c’est évident, mais le plus pénible, c’est que les dirigeants occidentaux font semblant de les croire", a déploré Sergueï Kovalev, l’un des fondateurs de l’ONG russe Memorial. Aux côtés de centaines d’autres Moscovites, M. Kovalev a participé, jeudi, au rassemblement organisé place Pouchkine en hommage à la journaliste. Les participants craignent que le meurtre d’Anna Politkovskaïa ne rejoigne la cohorte des 35 000 assassinats commandités survenus depuis six ans en Russie, et qui restent non résolus à ce jour.


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