vendredi 15 décembre 2017

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Les agents du renseignement redoutent la fusion

Laurent Mouloud, l’Humanité

samedi 1er septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le projet du gouvernement de fondre les RG et le contre-espionnage en un seul service inquiète les fonctionnaires.

Ça gronde chez les « grandes oreilles ». Actuellement à l’étude, la fusion entre la Direction de la surveillance du territoire (DST) et les Renseignements généraux (RG) fait grincer des dents chez les fonctionnaires de police. Mardi dernier, les deux principaux syndicats d’officiers (SNOP et Synergie) ont clairement exprimé leur opposition à ce projet, remis au goût du jour par Nicolas Sarkozy lors de son passage Place Beauvau et de sa campagne présidentielle.

Le chantier a été officiellement lancé le 20 juin en Conseil des ministres. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, bien qu’opposée publiquement à ce rapprochement, a chargé le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, d’une « étude » sur le sujet. Celle-ci doit être rendue « début septembre ». Même si, dans les grandes lignes, il ne semble plus y avoir de suspense.

L’idée part d’une bonne intention : mettre en commun les moyens et rompre définitivement avec certaines pratiques douteuses qui ont parfois entaché la réputation des RG. Voire certaines affaires politico-médiatiques, comme la mort du pasteur Joseph Doucé ou l’imbroglio Clearstream. Pour ce faire, Beauvau envisage la création d’une entité unique : la Direction du renseignement intérieur (DRI).

Cette dernière regrouperait l’ensemble des services qui relève de « l’intérêt de la Nation » : la lutte contre le terrorisme, l’intelligence économique, les courants radicaux. Les quelque 2 000 policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) et un millier environ des RG, déjà en charge de ces domaines, en feraient partie. Cette DRI siégera à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Le reste des troupes, lui, serait réparti au sein d’autres services de la maison bleue. La direction des courses et jeux des RG, qui surveille hippodromes et casinos, rejoindrait par exemple la police judiciaire. Quant au gros des effectifs, les 2 000 à 3 000 policiers des RG qui effectuent les missions traditionnelles dans les départements (suivi des mouvements sociaux ou d’agriculteurs, rencontre des maires…), souvent pour le compte des préfets, ils seraient intégrés à une « sous-direction de l’information », créée au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP).

C’est ce point précis qui fait bondir la base. Avec, en toile de fond, la crainte de voir peu à peu disparaître leur métier de base. « En province, redoute un bon connaisseur de la maison, les collègues vont se retrouver du jour au lendemain dans un commissariat. Petit à petit, ils vont être forcément amenés à aider leurs collègues à gauche à droite et, finalement, à être rapatriés sur d’autres missions. » Un autre officier renchérit : « En sécurité publique, le fonctionnement est radicalement différent. On va privilégier le très court terme et les résultats immédiats au détriment des enquêtes et observations au long cours. »

Mardi dernier, Dominique Achispon, secrétaire général du Syndicat national des officiers de police (SNOP), a expédié un courrier sans fard au directeur central des renseignements généraux. Il s’y déclare « résolument opposé » à cet éclatement des différents services de renseignement. Et réclame, certes, une fusion, mais « de tout le renseignement intérieur ». En coulisse, un officier compatit avec ses collègues : « Cette angoisse est tout à fait normale. Les policiers n’ont pas été consultés sur leur propre sort. Tout se décide sans eux ! »


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