lundi 23 octobre 2017

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Les renseignements généraux et la DST vont fusionner

Bernard Gorce, La-croix.com

lundi 10 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, doit confirmer cette semaine le projet de fusion des RG et de la Direction de la surveillance du territoire déjà réunis sur un même site aux portes de Paris

Depuis le printemps dernier, les policiers de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) et leurs collègues de la Direction de la surveillance du territoire (DST) se croisent dans les mêmes murs. À Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), aux portes de la capitale, des bâtiments tout neufs et ultra-sécurisés abritent ces deux services spécialisés dans la sûreté de l’État. Dans un avenir proche, passé la période de cohabitation, ils devraient être unis pour de bon.

La ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, doit s’exprimer cette semaine sur le projet actuellement en phase de finalisation. Peu après sa prise de fonctions, la ministre avait estimé l’idée de fusion « prématurée ». Mais Nicolas Sarkozy avait aussitôt rectifié le tir en inscrivant cette réforme au registre des priorités du gouvernement.

Deux grands noms de la police, très proches du président de la République, se sont activés tout l’été. Bernard Squarcini, ancien numéro 2 des RG nommé en juin à la tête de la DST, travaille sur les contours de la future entité. Le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, a de son côté commencé à recevoir tous les syndicats la semaine dernière. Il remettra ses propositions au ministre de l’intérieur à la fin du mois.

Inquiétude des syndicats

Selon les grandes lignes du projet présenté aux organisations professionnelles, une nouvelle Direction du renseignement et de la sécurité intérieure (DRSI) réunirait tous les services qui traitent directement de la sûreté de l’État (antiterrorisme, contrespionnage, intelligence économique…) Une telle fusion aurait le mérite de mettre un terme aux inévitables problèmes de doublons ou aux réflexes de concurrence existants entre les fonctionnaires des RG et de la DST qui évoluent dans des univers très proches.

« Quand on se parle, on se comprend », résume un officier des RG qui liste les spécificités de cette culture du renseignement : l’ouverture sur l’actualité internationale, l’esprit d’analyse, l’exigence de renseignements fiables et recoupés… « Par rapport à nos collègues de la sécurité publique, on est un peu éloigné des drames de la vie ordinaire mais on cultive un très grand souci de l’intérêt de la nation », résume le fonctionnaire.

Si le regroupement de ces services ne semble pas poser de difficultés majeures, les syndicats policiers se disent, en revanche, très inquiets de la disparition d’une partie de l’activité des RG. Outre la lutte contre le terrorisme ou les extrémismes radicaux (les « milieux fermés »), les RG ont également pour mission de suivre tout ce qui touche à la vie sociale et à l’ordre public : activité syndicale, milieu associatif, dérives des mouvements religieux…

Nombre d’agents s’occupent ainsi de l’information générale (le « milieu ouvert »). La direction emploie environ 4 000 policiers répartis sur tout le territoire à partir d’un maillage très serré. Seulement 600 fonctionnaires travaillent au siège parisien, 600 autres sont placés sous l’autorité du préfet de Police de Paris.

Culture du secret contre approche plus transparente

Le gros des troupes est disséminé en province avec pour mission de faire remonter quotidiennement leurs notes au préfet et à la Direction centrale. Tous ces fonctionnaires polyvalents pourraient ne pas intégrer la future DRSI mais être rattachés à la sécurité publique, c’est-à-dire à la police en tenue.

Secrétaire général adjoint du syndicat d’officiers Synergie, Patrice Ribeiro avance deux raisons pour refuser une telle amputation des RG : « Quand un policier travaille sur les violences urbaines, il récolte aussi des informations sur l’économie souterraine ou l’islam radical, indique-t-il. Tout est imbriqué et l’on risque de perdre des informations qui ne remontrent plus au sommet. Par ailleurs, la priorité des commissariats est de faire baisser les chiffres de la délinquance ou d’augmenter le taux d’élucidation des affaires. Le renseignement n’entre pas dans leur préoccupation. »

Quelle que soit sa configuration précise, la future DRSI devrait être en fonction au début de l’année prochaine. Il restera alors aux professionnels du renseignement à ajuster leurs savoir-faire. Historiquement, la DST vient du contre-espionnage et demeure très marquée par une culture du secret alors que les RG ont une approche plus transparente de la collecte de l’information. Concrètement, les agents de la DST privilégient le recours à des informateurs alors que beaucoup de policiers des RG établissent des liens avec des responsables syndicaux, des élus, des militants…

La DST a, par ailleurs, un mode de fonctionnement très centralisé. La plupart de ses 1 500 agents ne sont pas dispersés sur le territoire national mais regroupés au siège. Même si la proximité culturelle est réelle, les futurs « ex » des RG et de la DST vont devoir apprendre à travailler ensemble.


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