vendredi 15 décembre 2017

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Défense : l’Europe distancée sur le "spatial militaire"

Arnaud de la Grange, le Figaro

mardi 11 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Alors que les États-Unis disposent de quelque deux cents satellites de défense, les Européens n’en alignent pas plus de vingt.

LE FOSSÉ séparant l’Europe des États-Unis en matière d’effort de défense devient abyssal lorsque l’on parle de spatial militaire. D’où la saine idée d’avoir choisi l’espace comme thème central de la 5e université de la défense, qui se déroule depuis hier à Toulouse. Lors d’un récent colloque de l’armée de l’air, Serge Plattard, secrétaire général de l’Institut européen de politique spatiale, citait des chiffres éloquents : « L’Europe ne totalise que 4 % des dépenses mondiales consacrées à l’espace militaire, soit 0,4 % des budgets européens de défense. À l’inverse, les États-Unis concentrent 90 % des dépenses mondiales du secteur, soit 7 à 8 % du budget américain de défense. »

Dans le ciel, ils passent au-dessus de nos têtes quelque 200 satellites de défense américains, quand l’Europe n’en aligne pas plus de vingt. « Si les budgets français restent les mêmes, nous serons dépassés dans les dix ans qui viennent par de nouveaux acteurs, explique Olivier Zajec, analyste à la CEIS (Compagnie européenne d’intelligence stratégique), la Chine, le Brésil, le Japon et surtout l’Inde investissent et progressent très rapidement. Appliqué au champ de bataille, on voit le problème que ces puissances spatiales émergentes vont poser... »

En deux décennies, l’espace s’est imposé comme une dimension essentielle des crises et des conflits. Au niveau stratégique, en renforçant l’autonomie de décision des décideurs politiques grâce à des capacités de renseignement. Mais aussi au niveau tactique, en offrant sans cesse de nouvelles aides aux forces militaires. « Ce deuxième volet, au niveau du champ de bataille, va prendre de plus en plus d’ampleur, même si l’on se débarrasse des excès du tout-technologique, explique un colonel, il y a les apports en termes d’observation et de positionnement, mais aussi, à l’heure de la guerre en réseau, tous les transferts d’informations. Tous les acteurs - terrestres, aériens ou maritimes - doivent disposer de la même image du champ de bataille, en temps réel. » Pour cela, il faut un débit et une permanence des réseaux que seul l’espace peut offrir. Lors de l’offensive américaine de 2003 en Irak, plus de 50 satellites militaires américains ont été utilisés. Et quelque 70 % des munitions de précision ont alors été guidées par satellite.

Les failles du traité de 1967

Les Américains ont affiché la couleur, leur doctrine parlant de « space dominance » (domination spatiale). « Ils ont clairement dit que l’espace était devenu pour eux un intérêt vital, rappelait encore Serge Plattard, qu’il était hors de question que quiconque cherche à leur en limiter l’accès. Et qu’ils n’hésiteraient pas à dénier l’accès à l’espace de gens malintentionnés. » De quoi alimenter le débat sur une « arsenalisation de l’espace ». Le traité de 1967 est censé limiter les dérives guerrières. À l’époque, 98 pays s’étaient engagés à « n’utiliser la Lune et autres corps célestes qu’à des fins pacifiques ». Une formule qui date quelque peu. Et le texte n’interdit pas toute utilisation de l’espace à des fins militaires, pour l’observation notamment. Tandis que les Européens défendent un concept de sécurité collective dans l’espace, Washington s’emploie habilement à exploiter toutes les failles du traité...

En 2006, George Bush a défini comme priorité la « sécurisation » des satellites américains, y compris contre la menace terroriste. Ces derniers ne pourraient s’attaquer qu’aux « segments sol » des systèmes, plus vulnérables. Mais les États, comme ont voulu le montrer les Chinois avec leur tir antisatellite chinois de janvier 2007, pourraient un jour mener le combat bien plus haut. Lasers aveuglants, missiles balistiques tirés du sol, voire satellites antisatellites, la panoplie est promise à un beau développement. De plus en plus dépendantes des satellites pour leurs opérations de combat, les forces américaines seraient fortement handicapées - si ce n’est paralysées - par une attaque d’envergure contre leurs systèmes spatiaux. L’hypothèse d’un tel désastre stratégique a été très sérieusement envisagée par le Pentagone, notamment lors des travaux de la commission Rumsfeld de 2001. Du coup, Washington s’est engagé dans un vaste programme de « durcissement » de ses satellites. Pour ne pas subir, un jour, un « Pearl Harbour spatial ».


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