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La France envisage un retour complet dans l’OTAN

Laurent Zecchini, le Monde

jeudi 13 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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La question du retour de la France au sein de la structure militaire intégrée de l’OTAN est désormais officiellement posée. Se faisant l’écho de la réflexion qui se poursuit dans l’entourage du président Nicolas Sarkozy, le ministre de la défense, Hervé Morin, qui assistait, mardi 11 septembre à Toulouse, à l’Université d’été de la défense, a abordé ce thème en pesant le pour et le contre d’une décision qui, si elle était adoptée, reviendrait à infirmer celle prise en mars 1966 par le général de Gaulle.

M. Morin s’est gardé de conclure, dans la mesure où aucune option stratégique ne saurait être avalisée avant les conclusions du Livre blanc sur la défense qui doit être remis, en mars 2008, au chef de l’Etat. Il n’en demeure pas moins que la manière de poser ce débat, tant à l’Elysée qu’au ministère de la défense et au Quai d’Orsay, traduit la volonté du nouveau gouvernement de se rapprocher des Etats-Unis et, comme l’a souligné M. Sarkozy, celle de la France de prendre "toute sa place" au sein de l’Alliance atlantique.

Mais Paris pose d’ores et déjà deux conditions majeures. Un retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’Alliance ne peut s’envisager que parallèlement à des avancées substantielles de l’Europe de la défense. Et, deuxièmement, l’OTAN doit entreprendre une profonde rénovation, qui passe par un nouveau concept stratégique. "L’Europe de la défense ne progressera pas si nous ne changeons pas de comportement politique au sein de l’OTAN", a souligné M. Morin.

Le raisonnement est le suivant : si la France cesse d’être un allié difficile, ses partenaires européens de l’Alliance cesseront peut-être de freiner les progrès de la défense européenne. "Car pourquoi voudriez-vous que nos partenaires perdent confiance dans un système qui a assuré la paix depuis cinquante ans, pour un système qui n’existe pas encore ?" a lancé le ministre de la défense.

La France, a expliqué M. Morin, est l’un des meilleurs élèves de l’OTAN, mais "trop souvent, nous sommes ceux qui chipotent et qui barguignent, comme si nous voulions donner le sentiment de vouloir empêcher l’OTAN de se transformer". Les réflexions du ministre de la défense ont sans aucun doute été nourries du récent rapport sur la globalisation que Hubert Védrine a remis récemment à M. Sarkozy. Cette étude traite largement de la question du retour de la France dans l’OTAN, mais alors que l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères conclut que la France ne gagnerait rien à rejoindre la structure militaire intégrée, Hervé Morin, à l’instar de l’entourage du chef de l’Etat, penche manifestement pour un tel aggiornamento sous conditions.

Le ministre de la défense a insisté sur le fait qu’en raison de sa position singulière, il est plus difficile pour la France "d’orienter utilement la transformation de l’OTAN, et ainsi de répondre au nouveau contexte stratégique". "Nous avons moins d’influence sur les opérations militaires que mène l’OTAN sur des théâtres où nous sommes engagés ensemble", a-t-il ajouté. De fait, la France est dans l’OTAN mais elle n’en tire pas tous "les bénéfices, notamment en termes d’influence et dans les postes de commandement", a-t-il estimé. C’est ce qu’un haut diplomate, expert en questions stratégiques, traduit par la formule : "Nous sommes les harkis de l’OTAN." A contrario, un retour comporte des "risques", estime M. Morin. "Nous pouvons toujours craindre qu’avec le temps, nous nous reposerions sur l’OTAN pour notre défense, comme le font certains de nos voisins européens. Le risque, c’est bien une moindre souveraineté. L’inconvénient, a-t-il indiqué, c’est peut-être l’affaiblissement de notre position internationale, qui pourrait paraître alignée."

La France, ajoute une source officielle, pourrait profiter du prochain sommet de l’OTAN, qui doit se tenir au printemps 2008 à Bucarest, pour faire progresser ce débat. Mais d’autres conditions françaises sont posées, car Paris souhaite notamment qu’un vrai débat s’engage sur "les frontières de l’OTAN". La France est contre l’élargissement de l’Alliance à la Géorgie et à l’Ukraine, et elle veut que celle-ci se concentre sur sa mission de base, qui est militaire. Pas question donc d’une OTAN "globale" qui deviendrait une organisation politique dupliquant de facto les Nations unies. Elle s’interroge, d’autre part, sur l’utilité de la NRF (NATO Response Force), cette force de réaction rapide de l’OTAN composée de 25 000 hommes, qui symbolise la "transformation" de l’Alliance voulue par Washington.

En parallèle, les diplomates envisagent sérieusement un "Saint-Malo bis" (sommet franco-britannique fondateur de la défense européenne, en décembre 1998) qui serait l’occasion de cette "relance" de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) souhaitée par Hervé Morin. Celle-ci devrait passer par un renforcement des capacités de planification et de commandement de l’Union européenne, en rendant permanent le Centre d’opérations de l’UE, par un développement des capacités militaires européennes et de l’Europe de l’armement.

Or, actuellement, les Britanniques, avec le soutien tacite des Etats-Unis, bloquent à la fois la montée en puissance du Centre d’opérations de l’UE et celle de l’Agence européenne de défense. Si le débat sur le retour complet de la France dans l’OTAN est lancé, le calendrier électoral américain complique son aboutissement. Le scrutin présidentiel aux Etats-Unis aura lieu en novembre 2008, et certains diplomates estiment plus réaliste de conclure une négociation avec le successeur de George Bush.

L’Alliance atlantique

OTAN. Vingt-six pays sont membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN, Alliance atlantique). La France participe à toutes ses activités, mais ne fait pas partie de deux comités, d’importance relative, depuis qu’elle a quitté la structure militaire intégrée, en 1966.

Comité des plans de défense (DPC). C’est l’instance de prise de décision pour les questions relatives à la structure militaire intégrée de l’OTAN.

Groupe des plans nucléaires (NPG). C’est la principale instance de décision pour les questions relatives à la politique nucléaire de l’Alliance. Dans les faits, le débat sur la dissuasion au sein de l’OTAN est quasi inexistant.

Washington cherche un siège pour l’Africom

Le choix de la capitale africaine où devrait être implanté le nouveau centre de commandement de l’armée des Etats-Unis pour l’Afrique, l’Africa Command (Africom), fait l’objet d’une tournée en Europe de responsables du département de la défense, du 10 au 12 septembre.

A Paris, Ryan Henry, haut-fonctionnaire chargé du dossier, a rencontré, mardi 11 septembre, des responsables français de la défense et des affaires étrangères.

Dakar figure, avec Nairobi et Addis-Abeba, parmi les villes citées pour abriter le quartier général de l’Africom. M. Henry assure que le processus de sélection doit s’achever en février 2008.

Le QG central, aux effectifs limités, devrait être complété par cinq implantations régionales. Confrontés aux réticences ou à l’hostilité de plusieurs pays africains, les Américains assurent qu’il n’est nullement question de positionner des forces nouvelles sur le continent (l’unique base américaine se trouve à Djibouti) et sûrement pas de considérer l’Afrique comme le lieu d’un nouvel affrontement, qu’il s’agisse de terrorisme ou de matières premières.


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