mardi 12 décembre 2017

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Dans le nouveau siège des services du renseignement

Eric Pelletier, Lexpress.fr

jeudi 13 septembre 2007, sélectionné par Spynews

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A cours d’une visite improvisée mais encadrée, Michèle Alliot-Marie a présenté à la presse les nouveaux locaux des services de lutte antiterroriste, situés à Levallois, dans la banlieue ouest de Paris. Récit.

Iest difficile de prendre un train en marche surtout lorsqu’il est lancé à toute allure. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, s’est essayée à ce numéro d’équilibriste, ce matin, en s’exprimant devant la presse lors d’une visite des nouveaux locaux des services de lutte antiterroriste, situés à Levallois, dans la banlieue ouest de Paris. Il s’agissait donner l’impression qu’elle était à la manœuvre dans la profonde réforme des services de renseignements qui se profile l’année prochaine, une révolution pour la police.

Quelques craintes

« Dans le courant » de 2008, sera créée une Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), chargée du contre-espionnage, du contre-terrorisme et de la protection du patrimoine. Au total, ce service imposant et ultra spécialisé comptera environ 4000 policiers, devenant le pendant de la DGSE, le service français d’espionnage, qui oeuvre, lui, à l’étranger et qui dépend du ministère de la Défense.

Mais, en interne, la réforme suscite quelques craintes. En pratique, les actuels et mythiques Direction de la surveillance du territoire (DST) et Renseignements généraux (RG) vont en effet disparaître. Les policiers spécialisés des RG qui travaillaient dans le domaine de la lutte contre les violences urbaines, contre le hooliganisme ou encore pour le suivi des événements sociaux, en province, seront rattachés à une autre « maison », la Sécurité publique, dont les effectifs sont majoritairement en tenue. Le choc des cultures est aujourd’hui patent. Quant au cas particulier des fonctionnaires en poste dans la capitale (la préfecture de police de Paris demeure un Etat policier dans l’Etat), son cas sera étudié ultérieurement.

Annulation des portes ouvertes

Nicolas Sarkozy, lorsqu’il se trouvait à l’Intérieur, avait amorcé cette fusion et chacun des principaux responsables policiers chargés de la mettre en place sont réputés proches de lui. A son arrivée place Beauvau, Michèle Alliot-Marie avait tenté de faire entendre une voix légèrement différence, préférant le mot de « rapprochement » à celui de « fusion ». « Rapprochement » : c’est encore le terme qu’elle a choisi d’utiliser dans son discours de ce matin.

Elle n’a pas eu le choix. Il lui fallait donc accompagner le mouvement et donner l’impression qu’elle maîtrisait « sa » réforme. Pour cela, il fallait gagner la bataille des images. La presse a donc été conviée à « visiter » ce matin les locaux de l’antiterrorisme, un bloc vitré d’une dizaine d’étages, de 30 000 mètres carrés, dont le réaménagement a coûté quelque 200 millions d’euros. Las ! Malgré la volonté du cabinet de la ministre, la DST a indiqué en début de semaine qu’elle refuserait l’accès aux médias, arguant du respect du « secret défense ». Du coup, les RG, qui eux y étaient plutôt favorables, ont annulé l’opération portes ouvertes. Seule, la police judiciaire a joué le jeu, acceptant de laisser les journalistes pénétrer dans ses locaux, décorés d’anciens avis de recherche de poseurs de bombes.

Taupe et crème

Dans ces conditions, la visite a rapidement pris des airs de promenade improvisée (mais très encadrée) dans les escaliers, les journalistes étant forcés de descendre ou de monter les étages, au fur et à mesure des ordres et contrordres. A peine le temps de remarquer les efforts de peintures consentis par le ministère de l’Intérieur, qui au lieu des habituels bleus et roses pâles, a choisi des coloris à la mode, le taupe (il faut dire que l’endroit s’y prête) et le crème. Pour interdire l’accès à certains couloirs, des jardinières de fleurs avaient été installées à la hâte, comme d’ultimes barricades aux assauts de la presse. Les téléphones portables, eux, avaient été laissés à l’entrée, réquisitionnés pendant le temps de la visite par crainte d’une explosion commandée à distance.

Les journalistes ont dû attendre une bonne heure avant le discours de la ministre qui s’entretenait en privé avec les responsables policiers. Selon des sources proches de l’enquête, les macarons (succulents au demeurant) achetés pour l’occasion avaient été achetés sur les derniers de la DST. Précisons que, comme le veut la tradition, discours de la ministre, mais aussi questions des journalistes ont été enregistrés...


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