samedi 21 octobre 2017

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Migration "open source" à Paris : l’exécutif ménage les susceptibilités

Jerome Thorel, ZDNet France

mercredi 13 octobre 2004, sélectionné par Spyworld

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Ce ne sera pas « tout ou rien », ni « tout, tout de suite ». C’est, en résumé, le message exprimé de l’exécutif parisien après la présentation d’un rapport sur la faisabilité d’une migration open source à Paris. Comprendre : la révolution Linux n’aura pas lieu.

Beaucoup de fumée sans feu... C’est à peu près le résultat de la réunion, hier à huis clos, de deux commissions du Conseil de Paris qui ont assisté à un cours magistral un peu particulier. Délivré par trois responsables d’Unilog France, il était destiné à informer enfin une poignée d’élus parisiens sur le contenu du fameux rapport commandé il y a près d’un an par les services de Bertrand Delanöé ("Étude économique d’une migration vers le logiciel libre", tel est son intitulé selon la mairie). En toile de fond, forcément, le combat Windows/Linux et la question fatidique que tout le monde se pose : Paris va-t-elle prendre le même chemin que Munich ?

Dans un communiqué minimaliste diffusé hier en début d’après-midi, l’adjoint chargé de l’administration générale François Dagnaud - chef de chantier désigné au sein de l’exécutif parisien pour mettre en œuvre la modernisation informatique - a calmé les esprits : la révolution tant espérée du côté des fans de la GPL et d’Openoffice, et tant redoutée chez Microsoft et consorts, n’aura pas lieu.

« Cette étude apporte des éléments d’éclairage sans bien sûr engager la Ville » indique l’adjoint au maire. Et d’ajouter, ménageant les susceptibilités de chacun, que « le scénario d’une migration massive à court terme vers le libre, c’est-à-dire un passage total et immédiat, apparaît incompatible avec l’état d’origine du parc et du système, dont l’audit réalisé en 2001 avait souligné la vétusté ». « Par ailleurs, il occasionnerait des surcoûts importants sans améliorer le service rendu. »

Une logique comptable et politique

Ces « surcoûts », impossible d’en connaître officiellement le moindre détail - malgré nos insistances auprès de l’entourage de François Dagnaud. « Nous ne sommes pas seulement dans une logique comptable », avance-t-on. « Cette étude économique fera partie des éléments à considérer lorsque nous prendrons des décisions sur telle ou telle partie de notre système informatique. »

Libération est parvenu à citer, ce matin, le chiffre de 57 millions d’euros sur cinq ans. Soit le coût du « passage des outils de Microsoft aux logiciels libres (...) pour le scénario le plus ambitieux ». Un peu plus de 10 millions d’euros par an, dont l’essentiel (les trois quarts environ) serait consommé en coûts d’accompagnement, c’est-à-dire la formation des agents aux nouveaux outils. Selon nos informations, trois autres scénarios ont été présentés (deux côté serveurs, deux côté postes clients), mais bien moins ambitieux (dont le coût de migration serait donc moins important).

François Dagnaud termine son communiqué en évoquant enfin, sans prononcer son nom, Microsoft : « Sur la base des éléments de diagnostic établis par cette étude, la Ville entend se doter des moyens d’assurer la maîtrise de son développement et de tendre vers une indépendance toujours plus grande par rapport à ses fournisseurs. Cette orientation stratégique, en vue de sortir de la dépendance informatique vis-à-vis de fournisseurs en situation de monopole de fait, prolonge les choix opérés depuis 2001 : élaboration du Schéma directeur informatique 2004-2007, doté d’un budget de 160 millions d’euros. »

« Ce n’est pas "tout ou rien", et pas non plus "tout, tout de suite" » répète-on dans l’entourage de François Dagnaud. L’exécutif veut donc « mettre au cœur de son orientation, l’extension de l’équipement informatique des services, la modernisation des systèmes [et] leur homogénéisation ». La Ville de Paris entend privilégier dans ses choix, les critères de l’interopérabilité et de la compatibilité entre le « libre » et le « non-libre » proclame François Dagnaud. En effet, le débat sur le logiciel libre a une dimension économique que Paris ne peut ignorer en tant que « grand client ». Dans cet esprit, elle entend accéder au meilleur service, au meilleur prix, en diversifiant ses fournisseurs. « C’est aussi un enjeu de qualité de service [et] un enjeu politique », conclut l’adjoint.

Pas question de rendre public ce rapport

La présentation orale faite mardi matin, qui aura duré un peu plus d’une heure et demie, n’a pas été accompagnée du moindre rapport écrit, ni même d’annexes ou de documents complémentaires. D’ailleurs, dans l’entourage du maire, on confirme qu’à l’heure actuelle, il est hors de question de rendre public ce rapport dans son intégralité. Mais l’exécutif s’est engagé à fournir « tout ce qui sera utile aux élus », pour pouvoir juger lors de prochaines décisions le choix de telle ou telle solution. Marie-Pierre Martinet, élue des Verts du 20e arrondissement, nous indique avoir reçu, mercredi matin et à sa demande, un résumé écrit de la présentation faite la veille. Elle ne tient pas du tout à s’étendre sur ce résumé, préférant attendre d’y « voir plus clair ».

Rappelons qu’à l’initiative de l’élue du 20e, un "vœu" (un engagement) avait été adopté le 27 juillet en Conseil de Paris (à la fois conseil municipal et général), enjoignant le maire à « communiquer [le rapport d’Unilog] aux élus ». Mais il a été amendé lors des débats pour que seuls quelques éléments déterminants sortent de l’ombre.

« Il est important d’avoir souligné que ce rapport n’obère en rien des futurs choix qui seront fait en faveur du libre », dit-elle à ZDNet. « Mais il ne faudrait pas que cela serve de socle à des renégociations de licences avec Microsoft ou Oracle. Bref, il ne faudrait pas que la ville se retrouve, bien malgré elle, à cautionner les opposants du libre. »


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