dimanche 22 octobre 2017

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Affaire Clearstream : nouvelles investigations sur le corbeau

Eric Decouty, le Figaro

vendredi 17 juin 2005, sélectionné par Spyworld

Un informaticien d’EADS dit avoir subi des pressions

Le procureur de la République de Paris a décidé de lancer de nouvelles investigations susceptibles d’identifier le corbeau apparu en marge de l’affaire des frégates de Thomson-CSF. Cette enquête préliminaire pour « subornation de témoin » aura pour objet de vérifier si des pressions ont été exercées sur un salarié d’EADS, le géant aéronautique, afin qu’il désigne devant la justice un haut cadre de ce groupe comme étant le corbeau.

Une longue lettre de Philippe Camus, l’actuel président d’EADS, est à l’origine de ce nouvel épisode. Début mai, celui-ci avait en effet écrit au juge Jean-Marie d’Huy - en charge d’instruire une série de plaintes pour « dénonciation calomnieuse » relatives au corbeau - pour l’informer de pressions exercées sur Imad Lahoud, un informaticien d’EADS (nos éditions du 2 juin). A sa missive, Philippe Camus joignait d’ailleurs deux notes circonstanciées d’Imad Lahoud, par ailleurs suspecté depuis plusieurs mois d’être le complice du corbeau.

Dans ces documents communiqués au procureur de la République, l’informaticien affirmait avoir fait l’objet de « menaces formelles » afin qu’il désigne devant le juge d’Huy Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS, et le général Philippe Rondot, officier des services spéciaux, comme ses « donneurs d’ordres » dans la fabrication des documents anonymes. Imad Lahoud ajoutait qu’en échange de ce témoignage, le statut de « témoin assisté » lui serait garanti, évitant ainsi les poursuites judiciaires. Mais surtout il donnait le nom de l’auteur de ces pressions présumées : un haut cadre d’Airbus, ancien policier de la DST.

L’enquête devra désormais vérifier la réalité de ces accusations. Au parquet de Paris, on expliquait hier que le premier acte d’investigation consisterait à « interroger Imad Lahoud » au sujet de ces notes. Dans la foulée, Philippe Camus mais surtout le cadre d’Airbus mis en cause devraient rapidement être entendus.

Ce rebondissement constitue un nouvel épisode dans un imbroglio politico-judiciaire sur fond de règlement de comptes industriels. L’affaire du corbeau est née il y a un peu plus d’un an avec une série de lettres et de cédéroms envoyés au juge Van Ruymbeke, désignant plusieurs personnalités comme les bénéficiaires de commissions occultes liées au marché des frégates. Ces dénonciations s’étaient finalement révélées fausses et l’histoire avait donné lieu, en octobre dernier, à un vif affrontement entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Le premier, mis en cause par le corbeau, avait soupçonné le second, alors ministre de l’Intérieur, de dissimuler des informations de la DST identifiant Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS, comme le délateur anonyme.

A la même époque s’engageait un violent affrontement pour la direction du groupe aéronautique entre Philippe Camus, dont Gergorin est un proche, et Noël Forgeard, président d’Airbus... Dans ce contexte de coups tordus et de manipulations, dont la justice a été la première victime, l’hypothèse de plusieurs délateurs anonymes est désormais ouvertement évoquée.


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