lundi 18 décembre 2017

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La France coopère avec Israël dans les drones

Laurent Zecchini, le Monde

vendredi 17 juin 2005, sélectionné par Spyworld

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"Israël a été le pionnier en matière de drones : nous nous sommes lancés dans ce secteur au moment de la guerre du Kippour, en 1973, et tout le monde nous a suivis." C’est dit comme un fait indiscutable par Gad Cohen, vice-président et directeur commercial d’Israel Aircraft Industries (IAI), le premier groupe de défense israélien.

Ce constat est néanmoins incomplet : les Etats-Unis avaient aussi lancé des jalons dans le domaine de ces aéronefs sans pilote au moment de la guerre du Vietnam.Les Israéliens sont venus au Salon du Bourget avec une délégation de 120 personnes. IAI compte 15 000 salariés et devrait réaliser des ventes de 2,25 milliards de dollars (1,87 milliard d’euros) cette année. La division drones réalise un chiffre d’affaires de 300 millions de dollars par an. A ce jour, elle a vendu 650 drones à travers le monde.

La France a commandé trois exemplaires du Eagle 1, un modèle développé par IAI avec le groupe européen EADS, qui fournit les systèmes et la communication. Deux doivent être livrés cet été. Ces appareils, achetés pour 45 millions d’euros, remplaceront les quatre drones Hunter achetés à IAI en 1995, et retirés du service en 2004.

Le Eagle 1 (1 200 kg et 16,6 m d’envergure) est un drone d’observation qui décolle et atterrit automatiquement. Il n’est pas conçu pour être armé (mais il pourrait l’être). Il peut voler à une altitude maximale de 7 600 m pendant quatorze heures, à quelque 1 000 km de sa base.

IAI dispose d’un catalogue de 20 drones, comme le Héron, d’une autonomie de quarante-huit heures. Ou encore le Bird Eye, un minidrone tactique de 4 kg, envoyé en l’air à l’aide d’une catapulte, ou le minuscule Mosquito, capable d’entrer par une fenêtre et qui pèse 250 grammes !

Autre exemple de la coopération franco-israélienne : l’Euromale ­ qui appartient à la famille des MALE (moyenne altitude, longue endurance) ­, une plate-forme développée par EADS à partir de l’Eagle 2 de IAI. Paris s’est engagé dans ce projet en 2004, mais ses partenaires européens hésitent encore.

"LA BONNE RÉPONSE"

Devenus inévitables dans les conflits modernes, les drones occupent logiquement une place importante au salon du Bourget. La marine américaine a mis en oeuvre le drone Pioneer lors de la première guerre du Golfe, en 1991. Les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont utilisé des drones pendant la guerre du Kosovo (1999), à des fins d’observation et de guerre électronique. En 2001, l’américain Predator, construit par General Atomics, a été armé de missiles air-sol Hellfire et Stinger, et engagé en Afghanistan.En novembre 2002, au Yémen, un Predator a détruit un véhicule transportant un responsable d’Al-Qaida. Une opération qui a contribué à faire de ce modèle le premier UCAV (drone de combat). Il est utilisé massivement en Irak et en Afghanistan, en association avec le Global Hawk de Northrop Grumman. Une nouvelle génération de Predator a vu le jour, le Predator-B, capable d’emporter 16 missiles Hellfire ou 6 bombes GBU-12 de 250 kg à guidage laser, à 15 000 m d’altitude.Les Européens semblent vouloir rattraper le temps perdu. Ainsi, une maquette grandeur nature du drone européen de combat Neuron, de Dassault Aviation, lancé en 2003, est présentée au Bourget. Sa fonction sera de valider les technologies qui équiperont de futurs drones de combat. Le projet coûte 400 millions d’euros. Dassault a confié 50 % de la valeur des travaux à des industriels européens : Saab (Suède), HAI (Grèce), EADS-Casa (Espagne), Ruag (Suisse) et Alenia (Italie). Neuron devrait effectuer son premier vol en 2010.

Ces initiatives répondent à un constat : avec l’entrée en service de trois avions de combats de nouvelle génération, le Rafale français, l’européen Eurofighter et l’américain F-35 JSF (Joint Strike Fighter), il n’y aura pas de nouvel avion de combat avant 2025 ou 2030. Les drones occuperont donc une large part du champ de bataille aérien à l’avenir. Quel rôle sera alors laissé aux avions de combat pilotés ? Yves Robins, chez Dassault, cite à ce sujet ce mot d’un général américain : "Chacun sait que dans les années à venir les drones sont la bonne réponse, mais personne ne sait exactement quelle est la question."


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