mardi 12 décembre 2017

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Le nouveau pied de nez de Lougovoï aux Britanniques

Laure Mandeville, le Figaro

lundi 17 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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L’ex-espion russe, accusé par Londres d’assassinat au polonium, annonce qu’il se présentera aux législatives.

POUR un pied de nez aux Britanniques, ça en est un. Et de taille. HIER, l’ex-espion russe Andreï Lougovoï, suspect numéro un aux yeux de la Grande-Bretagne dans l’affaire de l’assassinat au polonium de l’ancien agent en exil Alexander Litvinenko en novembre dernier, a confirmé qu’il serait candidat à la Douma, sous les couleurs du parti ultranationaliste LDPR de Vladimir Jirinovski. Cet ancien membre du KGB, qui fit partie du 9e bureau en charge de la sécurité des chefs d’État et qui dirige une société de sécurité privée, a expliqué avoir accepté « l’offre » du parti libéral-démocrate de figurer en deuxième place sur sa liste aux élections parlementaires du 2 décembre. Ce parti, créé en 1990 par le KGB pour faire opposition aux démocrates, a toujours fait équipe avec le Kremlin, servant d’épouvantail nationaliste tout en s’alignant sur le pouvoir lors des votes clés. Il a souvent hébergé des personnalités sulfureuses et passe pour l’un des plus corrompus de Russie.

« Je suis à la tête de la liste... et en deuxième position, nous aurons Andreï Lougovoï, a expliqué Jirinovski, samedi. Il a souffert, il a été visé par les services spéciaux britanniques ». Cette démarche apparaît comme le parachèvement d’une stratégie de défi, visant à tourner en dérision les accusations de Londres.

Après sept mois d’une enquête aussi difficile que médiatisée, Scotland Yard a bouclé son enquête en juin, pour annoncer qu’elle considérait Lougovoï comme l’assassin présumé de Litvinenko. Affirmant qu’il avait laissé des traces de polonium à travers toute l’Europe avant et après son fameux rendez-vous avec Litvinenko à l’hôtel Millenium de Londres, elle a demandé son extradition.

Machinations occidentales

Se posant en victime, Lougovoï s’est défendu en accusant les services secrets britanniques MI6 d’avoir recruté Litvinenko et d’être mêlés à son élimination. Cette version est soutenue par le Kremlin et ses relais télévisés, qui ont presque fini par présenter Lougovoï comme un héros, victime des machinations de l’Occident et de l’oligarque en exil Boris Berezovski, dont il fut dix ans le garde du corps. Rasséréné par cet appui, Lougovoï a tenu une conférence de presse en juillet à la radio Écho de Moscou, narguant les journalistes anglais et contournant toutes leurs questions. Récemment, il est apparu très sûr de lui, lors d’une rencontre avec des journalistes européens, portant, comble du cynisme, un t-shirt marqué « Polonium ».

Arguant de la Constitution russe, qui ne permet pas l’extradition de citoyens russes vers l’étranger, la Russie a plusieurs fois affirmé qu’elle est prête à organiser un procès à Moscou. Mais à Londres, nul n’est dupe de cette « promesse ». Si Lougovoï est élu, il sera couvert par l’immunité parlementaire.


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