samedi 16 décembre 2017

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Air India : le SCRS a effacé des enregistrements

Gilles Toupin, la Presse

mardi 18 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a bel et bien promis à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), cinq jours après l’explosion du vol 182 d’Air India, de lui transmettre toutes les informations pertinentes susceptibles de faire avancer l’enquête.

En réalité, a-t-on appris hier à la reprise des travaux de la commission d’enquête sur la tragédie d’Air India, les choses n’ont pas été aussi simples. Des responsables au SCRS ont effacé, un peu après la tragédie du 23 juin 1985, plus de 150 enregistrements de conservations téléphoniques tenues par le présumé cerveau de l’attentat, Talwinder Singh Parmar, au cours des mois qui ont précédé et suivi l’explosion du vol 182 d’Air India tout près des côtes d’Irlande.

Le pire attentat terroriste de l’histoire du Canada a causé la mort de 329 personnes, dont 280 Canadiens. Pour les familles des victimes, la destruction de ces enregistrements est souvent mentionnée comme étant la principale raison de l’absence, 22 ans après les faits, de toute condamnation pour la préparation et l’exécution de ce crime.

La commission d’enquête sur la tragédie d’Air India, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême John Major, a ainsi repris ses travaux hier, après trois mois de pause, avec notamment le mandat d’élucider ce genre de ratés de l’enquête policière qui a suivi le drame. La commission tente entre autres de comprendre pourquoi les enregistrements des conversations téléphoniques de Talwinder Singh Parmar n’ont pas été conservés.

Pour le SCRS, il s’agissait simplement à l’époque de suivre une politique établie, soit de ne pas conserver ce matériel, pour des raisons d’espace, s’il ne contenait pas d’informations utiles à l’enquête. Cette politique voulait que les bandes sonores soient effacées une fois traduites et transcrites. Dans le cas d’Air India, les transcriptions sont douteuses, puisque les conversations enregistrées n’ont pas été transcrites au mot à mot.

Hier, deux anciens officiers de la GRC, Lyman Henschel et Michael Roth, ont confirmé à la commission que le SCRS avait promis à l’époque de conserver tout matériel pertinent à l’enquête d’Air India et de le transmettre à l’équipe spéciale de la GRC chargée d’enquêter sur la tragédie.

Les avocats de la commission ont d’ailleurs produit hier des notes personnelles de l’ancien superintendant Henschel, qui relatent une conversation téléphonique avec Randy Claxton, le plus haut responsable du SCRS à l’époque à Vancouver, dans laquelle M. Claxton confirme la collaboration du SCRS.

Cependant, aussi loin que deux ans après l’attentat, jamais le SCRS n’avait porté à l’attention de Lyman Henschel que des bandes sonores de conversations de Parmar avaient été effacées.

Même si aucun responsable du SCRS n’a été appelé à témoigner hier, la commission a rendu public un document rédigé par Randy Claxton trois ans après l’explosion du vol 182, qui explique la nature de l’entente conclue avec la GRC. « Le superintendant Henschel, écrit Claxton, a été averti que si des preuves étaient trouvées, le quartier général du SCRS serait averti afin qu’il demande des directives au cabinet du ministre.

Mon engagement envers le superintendant Henschel était d’avertir la division de la GRC immédiatement si de telles preuves étaient identifiées pour ensuite les lui transmettre le plus rapidement possible. » La note précise par la suite que cette entente n’inclut pas les enregistrements de conversations téléphoniques.

De son côté, le sergent Michael Roth a témoigné qu’on lui a refusé à l’époque le droit d’avoir des copies des transcriptions de certaines de ces conversations, ce qui l’obligeait à lire et à enregistrer le matériel dans les locaux du SCRS, puis de le transcrire à son bureau pour l’inclure dans ses rapports. Le SCRS lui a par la suite interdit - soit dès août 1985 - l’accès à ces bandes sonores.

Le procureur des victimes d’Air India, Jacques Shore, a implicitement reproché au sergent Roth de n’avoir pas assez insisté auprès du SCRS pour qu’il conserve les bandes sonores, étant donné la nature incriminante de leur contenu.

En tant que service de renseignement, le SCRS ne peut lui-même préparer une procédure criminelle contre des individus.

Lorsqu’il trouve des informations méritant une enquête criminelle, il doit les transmettre à la police, qui est responsable d’accumuler les preuves à l’appui des accusations.

Toute la semaine, la commission d’enquête sur la tragédie d’Air India tentera encore de déterminer ce qui n’a pas fonctionné dans la collaboration entre la GRC et le SCRS.


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