mercredi 18 octobre 2017

Accueil du site > Défense > International > Les "chiens de guerre" de Blackwater haïs à Bagdad

Les "chiens de guerre" de Blackwater haïs à Bagdad

Le Monde, avec AFP

mercredi 19 septembre 2007, sélectionné par Spynews

logo

Le gouvernement de Nouri Al-Maliki a annoncé, mardi 18 septembre, qu’il allait "reconsidérer", en "conformité avec la loi", les activités de toutes les sociétés de sécurité, étrangères et locales, opérant en Irak. Cette décision "est la conséquence de l’agression haineuse des employés de [la firme américaine] Blackwater contre des citoyens irakiens, qui a provoqué la mort de nombreux civils innocents", a dit le porte-parole de M. Maliki, Ali Al-Dabbagh. "Le ministère de l’intérieur mène son enquête, dont les conclusions seront transmises à la justice d’ici un ou deux jours", a par ailleurs indiqué le porte-parole du ministère, le général Abdel Karim Khalaf.

Les faits imputés à Blackwater relèvent de la justice irakienne a en outre estimé, mardi, un membre de la Cour suprême de justice irakienne. "Le crime a été commis sur le territoire irakien, la justice irakienne peut lancer des poursuites contre Blackwater", a expliqué le juge Bairaqdar. "Les victimes ont le droit de porter plainte auprès de la justice irakienne", et "la justice irakienne donnera suite à ces plaintes", a-t-il souligné. La fusillade, ayant impliqué des gardes du corps de la société Blackwater escortant un convoi diplomatique américain, a coûté la vie à dix personnes, dont neuf civils, dimanche à Bagdad.

LA MAISON BLANCHE EMBARRASSÉE

La société Blackwater, considérée comme une référence dans le secteur de la sécurité privée, a affirmé, mardi, que ses agents "ont agi de manière légale et appropriée en réponse à une attaque hostile". "Blackwater regrette les pertes humaines, mais ce convoi a fait l’objet d’une violente attaque de la part d’insurgés armés, pas de civils", selon un communiqué, diffusé par la chaîne américaine CNN.

Aux Etats-Unis, la situation embarrasse la Maison Blanche. Une porte-parole s’est contentée de dire "au nom de l’administration, nous regrettons profondément la mort de tout innocent", sans aborder la question du droit qu’a ou non le gouvernement irakien d’interdire à Blackwater d’opérer. Cette question relèverait, selon elle, du département d’Etat.

Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone, n’a pas été en mesure de dire le nombre exact de membres du personnel de sécurité disposant d’un contrat avec l’armée américaine en Irak, ni quel était leur rôle. Cependant, il a assuré que ces employés jouaient "un rôle vital dans bien des structures en Irak". L’attaché de presse du Pentagone, Geoff Morrell, a affirmé, pour sa part, que le secrétaire à la défense, Robert Gates, souhaitait savoir "dans quelle mesure nous dépendons des gardes privés et armés, ce qu’ils font pour nous, et quelles sont leurs règles d’ouverture du feu, les contraintes auxquelles ils sont soumis".

"LE DROIT DE TUER SUR UNE SIMPLE SUSPICION"

A Bagdad, les habitants affichent sans retenue leur haine pour les employés des entreprises privées de sécurité étrangères, qu’ils voudraient voir "expulser" au plus vite de leur pays. "Des chiens de guerre enragés qui tuent des innocents dans la rue", s’emporte Hamid Hussein, un retraité de 60 ans, assis devant sa maison. Ces mercenaires d’un nouveau genre, circulant à tombeau ouvert en convois blindés surarmés dans les rues de la capitale, "ont le droit de tuer sur une simple suspicion", accuse Abou Ahmed, un fonctionnaire de 37 ans. "Ils sont les maîtres et nous sommes devenus des étrangers dans notre propre pays", lâche-t-il plein de rancœur. "Ce sont des occupants, ils sont comme les militaires américains et se comportent de la même manière", renchérit Mohammed Abdallah, chômeur de 32 ans, originaire du quartier de Mansour, où a eu lieu l’incident.

Les Bagdadis redoutent le passage dans leurs rues de ces convois de blindés ou de lourds 4X4 aux vitres noires fumées. Réputés pour leur brutalité, ils n’hésitent pas à ouvrir le feu indistinctement en direction des véhicules ou des piétons approchant imprudemment de leurs convois. Les gardes de Blackwater en particulier sont connus pour lancer des grenades assourdissantes pour contraindre à l’arrêt les automobilistes distraits ou inconscients qui ignoreraient leurs injonctions.

SURNOMMÉS "LES MOSSAD"

"Allez voir sur Internet ! Vous verrez plein d’images des forfaits de ces chiens d’Américains", souligne Ahmad, en référence à la multitude de vidéos mises en ligne qui montrent des gardes de ces sociétés ouvrant le feu en pleine rue pour stopper des véhicules civils. "Ils ne respectent pas les Irakiens, ils percutent les voitures et tirent sur quiconque les approche", raconte un policier chargé de la circulation sur un rond-point dans le centre de Bagdad. "Mais nous ne pouvons rien faire face à eux, même le gouvernement irakien ne peut les empêcher d’agir comme des barbares", enrage un soldat, kalachnikov en bandoulière.

Entre trente mille et cinquante mille mercenaires, qui aiment à se désigner sous l’acronyme de "PSD" (Private Security Detail) constituent la deuxième armée étrangère en Irak, après les troupes américaines. De nombreux Bagdadis les surnomment plus simplement les "Mossad", du nom des services secrets israéliens, exprimant ainsi leur vindicte envers l’Etat d’Israël et son allié américain.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :