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Les drones civils cherchent toujours à trouver une place dans l’espace aérien

Michel Alberganti, le Monde

samedi 18 juin 2005, sélectionné par Spyworld

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Omniprésents au Salon du Bourget, les avions sans pilote se multiplient. Mais les problèmes de réglementation les empêchent souvent de démontrer leurs capacités dans les air.

Tandis que l’A380 parade, une nuée d’avions sans pilote ni passagers partage discrètement l’affiche avec le nouvel Airbus au Salon du Bourget. De façon révélatrice, aucun ne fait partie des démonstrations. Seul le motoplaneur Stemme, susceptible d’être transformé en drone, a volé, mais... avec un pilote.

Les Unmanned Aerial Vehicule(UAV), selon l’appellation anglo-saxonne, concentrent à la fois la haute technologie et les difficultés pour trouver leur place dans l’espace aérien. La table ronde organisée par l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) nera, jeudi 16 juin, sur le thème : "Quels drones pour quelles applications ?" a parfaitement illustré cette situation.

Claude Le Tallec, chargé de mission Systèmes de drones, et Antoine Joulia, ingénieur, qui animaient les débats, n’ont pas cherché à masquer les difficultés qui touchent essentiellement les appareils civils. La plupart des avions sans pilote se heurtent à des barrières réglementaires sévères. "Il faut que le drone ne tombe pas et qu’il s’insère dans la navigation aérienne générale" , rappelle M. Le Tallec. Si l’on ajoute à cela des obstacles comme les interférences engendrées par les liaisons radio, qui peuvent aller jusqu’à perturber les pacemakers, il apparaît rapidement que l’avion sans pilote n’est guère le bienvenu dans le ciel. A tel point que certaines expérimentations ne peuvent avoir lieu.

La mésaventure est arrivée à un drone miniature de 6 kg, qui devait réaliser des essais de surveillance du périphérique de Nantes. Opération annulée après un avis défavorable des autorités pour raison de sécurité. "Le noeud du problème réside dans le fait qu’il n’existe pas aujourd’hui de réglementation internationale pour les drones civils" , écrit Jean-Claude Husson, président de l’Académie nationale de l’air et de l’espace (ANAE), dans un dossier publié en 2004 (nº25, La Révolution des drones).

Pour s’imposer, les avions doivent démontrer qu’ils sont désormais indispensables. Si les militaires, eux, sont convaincus qu’il n’est plus possible de s’en passer sur le champ de bataille (Le Monde du 18 juin), il n’en va pas de même pour les usages civils, qu’il s’agisse de la détection d’incendies ou d’avalanches en montagne, de la surveillance des terroristes en Corse ou du trafic routier, tout comme de l’analyse de l’atmosphère. Les coûts semblent souvent largement supérieurs aux bénéfices et les problèmes posés plus nombreux que les avantages.

"S’il faut faire appel à une nécessité vitale, pourquoi ne pas invoquer la surveillance de la planète ?" , lance M. Le Tallec. En fait, l’équation apparaît difficile à résoudre. Pour être rentable, un drone doit pouvoir effectuer plusieurs missions (surveillance de la pollution en mer par dégazage, détection des nuages d’insectes, épandage agricole...). Mais la multiplicité des besoins va souvent de pair avec une forte densité de population, qui rend difficile l’intégration du drone dans le trafic aérien.

La tentation est alors forte de recourir à des modèles volant à très haute altitude (HALE), c’est-à-dire à environ 15 000 ou 20 000 mètres, bien au-dessus du trafic aérien. Mais ces engins, qui peuvent atteindre 40 mètres d’envergure, comme le Global Hawk, et peser 15 tonnes, sont extrêmement coûteux. M. Husson note ainsi que l’acquisition de deux systèmes de cinq drones HALE, assurant en permanence la présence sur zone de deux drones, revient à près de 2 milliards d’euros... Les drones militaires Predator, qui se sont "illustrés" en Afghanistan, coûtent 6 millions d’euros pièce. Pour le civil, la solution réside peut-être dans les drones miniatures volant à très basse altitude, tel l’hélicoptère d’épandage des champs de riz de Yamaha Motors.

Le constructeur français Bertin Technologies a fait le pari de la petite taille en développant le Hovereye, un appareil électrique ressemblant à un ventilateur, qui pèse 3 kg pour 60 cm de hauteur. Il vole entre 10 et 100 km/h, avec un rayon d’action d’un kilomètre et une caractéristique majeure : l’aptitude au vol stationnaire. De quoi le transformer en véritable espion volant en milieu urbain. Immobile devant une fenêtre, il peut transmettre des images grâce à sa caméra couleur ou infrarouge. "Nous visons également les applications civiles comme l’inspection d’ouvrages d’art" , indique Olivier Philippe, directeur des systèmes mécaniques et physiques de Bertin. Le coût de l’Hovereye : entre 20 000 et 100 000 euros pièce, en fonction du degré d’intelligence du système (vol automatique avec évitement d’obstacle).

Il semble que, malgré leur versatilité, les drones se développent surtout pour des missions de surveillance militaire ou policière. Ainsi, lors de la réunion du G8 de 2003 à Evian (Haute-Savoie), les manifestants ont eu la surprise de voir arriver les voitures de la police, alors qu’ils n’avaient pas encore fini de se rassembler, en pleine nuit. Un drone veillait.

Des moyens limités pour de nombreux projets

Avec un retard certain, la France investit de plus en plus dans les drones. Pourtant, à l’horizon 2010, la somme qui leur sera affectée ne représentera que 1 % du budget d’équipement militaire. L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) note que la France dépensera alors 16 fois moins que les Etats-Unis, dont le budget drones dépassera 3 milliards de dollars (2,44 milliards d’euros) en 2010. Néanmoins, les projets pullulent. En septembre, les universités sélectionnées par la Délégation générale à l’armement (DGA) et l’Onera lors d’un concours de drones miniatures organisé en 2003 (Le Monde du 21 juin 2003) devront faire la preuve de la capacité de leurs engins à exécuter des missions de surveillance en milieu urbain.

Pour le reste, le militaire domine avec des projets d’engins de surveillance tels que le Drone de reconnaissance au contact (DRAC), le Système de drones tactiques intérimaires (SDTI) et le Drone maritime tactique (DMT). En 2005, doit être mis en service le Système intermédiaire de drone Male (SIDM), en attendant le Système de drone Male (SDM), prévu pour 2009.


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