jeudi 19 octobre 2017

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Air India : mea-culpa surprenant de la part du SCRS

Gilles Toupin, la Presse

jeudi 20 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Un haut responsable des services de renseignement canadiens a reconnu hier devant la commission Major que la destruction par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) d’enregistrements d’écoutes téléphoniques des principaux suspects dans l’attentat contre le vol 182 d’Air India n’a pas été la décision la plus éclairée prise par ses services à l’époque.

James Warren, ancien directeur de la division du contre-terrorisme du SCRS à Vancouver à partir de mars 1986, a livré hier à la commission d’enquête sur la tragédie d’Air India un mea-culpa surprenant, reconnaissant implicitement que les services de renseignement canadiens avaient fait une erreur.

D’entrée de jeu, le procureur principal de la commission, Me Mark Freiman, a demandé au témoin s’il croyait que ces fameuses bandes d’écoutes téléphoniques des suspects Talwinder Singh Parmar et Inderjit Singh Reyat auraient dû être conservées, « étant donné les circonstances », afin d’aider la police et la Couronne à préparer la poursuite criminelle. « Je ne peux pas me mettre dans les souliers des personnes qui étaient responsables lorsque cela s’est produit, a-t-il répondu. Mais certainement, du point de vue de quelqu’un qui a eu à faire face aux conséquences de cette décision, je pense sérieusement aujourd’hui que les bandes auraient dû être préservées. Nous souhaitons tous qu’elles aient survécu, peu importe la valeur qu’elles auraient pu avoir par la suite. »

La veille, le procureur de la Couronne responsable de la poursuite en Colombie-Britannique, James Jardine, avait qualifié d’« inconcevable », d’« incompréhensible » et d’« incompétence indéfendable » la destruction de ces 156 bandes d’écoutes téléphoniques réalisées entre le 27 mars et le 1er juillet 1985. Ces écoutes téléphoniques, selon M. Jardine, contenaient possiblement des éléments de preuve déterminants qui auraient pu aider à la condamnation des auteurs des attentats qui ont causé la mort des 329 occupants du vol 182 d’Air India près des côtes d’Irlande, le 23 juin 1985, et de deux manutentionnaires de bagages à l’aéroport de Narita au Japon. L’ancien procureur Jardine, aujourd’hui juge à la Cour provinciale de Colombie-Britannique, a affirmé mardi que le SCRS avait très peu collaboré avec la Couronne et les enquêteurs de la GRC et qu’il était à l’époque personnellement inquiet des conséquences juridiques de cette attitude.

James Warren a cependant assuré la commission d’enquête hier qu’« il n’y a pas eu destruction délibérée des enregistrements » ; que les bandes avaient été effacées sans intention malicieuse, que cela faisait partie d’une pratique routinière. M. Warren a déclaré hier qu’à l’époque le SCRS n’avait pas vraiment réfléchi aux conséquences de son geste.

« Aujourd’hui, a-t-il dit, je me rends compte que quelqu’un aurait dû dire : Oh ! »

Dans un document rédigé de sa main et produit hier, Warren souligne que la GRC avait huit jours avant la destruction des enregistrements pour indiquer au service s’ils étaient utiles pour la preuve. « Elle ne l’a pas fait », écrit-il.

L’ancien directeur des services antiterroristes a estimé hier que le SCRS avait agi en accord avec les politiques en place au sujet de la conservation des bandes sonores et de la collaboration entre la GRC et les services de renseignement, insistant sur le fait que les deux institutions avaient des missions complètement différentes.

« Ce service (le SCRS), a-t-il dit, n’avait pas le mandat de recueillir des preuves pour une enquête criminelle. »

« Quand le service a été créé en juillet 1984, a-t-il aussi affirmé, je me souviens que l’on insistait beaucoup sur le fait que nous n’étions plus des policiers ; que nous ne pouvions plus penser comme des policiers, comme la GRC qui a ses propres responsabilités prévues dans la loi. Notre rôle consistait à recueillir des informations et à les transmettre. Nous ne faisons pas de prévention ou de dissuasion. (...) Un service de renseignement ne doit pas être impliqué du côté de l’exécution de tâches policières de l’État. Il doit s’en tenir à son rôle de recueillir des informations, non pas des preuves de délit. »

M. Warren a expliqué que le SCRS doit tout faire pour que les informations recueillies et transmises à la GRC ou à la Couronne ne mettent pas en péril le travail des services de renseignement.

« Quand vous commencez cela (collaborer avec la police), a-t-il déclaré, la première étape est de donner des documents. Ensuite, on vous demande des témoins pour expliquer les documents. Et ce que vous donnez à la Couronne aboutira par la suite dans les mains de la défense. De notre point de vue, c’est comme si vous donniez les clés de l’église au diable. Nous avons essayé de trouver des façons d’éviter cela. »


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