mardi 12 décembre 2017

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Péchenard : "La menace terroriste est forte"

Propos recueillis par Stéphane Joahny, le Journal du Dimanche

dimanche 23 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Nicolas Sarkozy, dont il est proche, l’a nommé directeur général de la police nationale voilà quatre mois. A l’occasion de la parution de son livre Gardien de la paix (Michel Lafon), retraçant vingt-cinq ans de carrière au sein de la PJ parisienne, Frédéric Péchenard dévoile ses projets au Journal du Dimanche mais évoque aussi l’actualité.

La multiplication des attentats en Algérie augmente-t-elle le niveau actuel de la menace terroriste ?

Incontestablement. Nous ne sommes pas là pour paniquer les gens, mais la menace est forte aujourd’hui. Elle est forte parce que nous sommes impliqués au Liban et en Afghanistan. Parce que le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) s’est radicalisé en changeant de nom et en se rapprochant d’Al-Qaïda. Et parce que l’Algérie, qui est à notre porte, traverse une période difficile.

L’un des chantiers de 2008 concerne la création d’une Direction centrale du renseignement intérieur regroupant Renseignements généraux et Direction de la surveillance du territoire. Cette DCRI conservera-t-elle une capacité judiciaire ?

Oui, parce que cela marche bien. Il est impensable que la police judiciaire ne traite pas le terrorisme avec sa sous-direction antiterroriste (Sdat). Mais pour tout ce qui concerne la neutralisation préventive des réseaux, c’est bien que les services de renseignement gardent une capacité judiciaire, notamment avec le terrorisme islamique. Il faut être très prudent -je sais très bien que demain matin on peut avoir un réveil difficile- mais cela fait tout de même onze ans que ce terrorisme n’a pas frappé sur notre sol. C’est dû notamment à la réactivité de nos services de renseignement et à leur organisation.

Autre sujet sensible, l’immigration. Certains syndicats s’émeuvent qu’on demande aux policiers d’arrêter des sans-papiers, notamment parce que cela les détourne d’autres missions. Partagez-vous ce point de vue ? Pas du tout. Je suis le premier à regretter que les policiers soient employés dans des missions qui ne sont pas de police. Mais la lutte contre l’immigration irrégulière est une mission de la police. C’est illégal, cela génére tout un tas de trafics, du travail clandestin, des marchands de sommeil, des filières qui font vivre la criminalité organisée.

Des comptes à rendre mais pas de "bâtonnite"

Serez-vous un directeur obnubilé par l’évolution des chiffres de la délinquance ?

Je ne suis pas un fanatique du chiffre. Je pense qu’il est important que nous ayons des objectifs à atteindre. Et il n’est pas anormal qu’on nous demande de rendre des comptes. Maintenant, on connaît tous le mauvais côté de ce que l’on peut appeler la "bâtonnite" : les policiers finissent par travailler moins bien. Si des objectifs chiffrés sont nécessaires, il faut aussi une recherche qualitative dans le travail.

Vous évoquez dans votre livre la "reconquête" de territoires et la lutte contre les "bandes ultraviolentes". Comment ?

Je vais proposer au ministre de l’Intérieur une réorganisation de la police territoriale dans un souci de meilleure efficacité pour lutter contre les phénomènes de bandes et de violences urbaines. On ne va pas toucher à ce qui est fondamental : la police d’implication locale, les commissariats. L’idée consiste à créer un échelon intermédiaire au niveau zonal ou régional et à lui donner des moyens. Il s’agit d’unités formées spécialement aux violences urbaines, placées sous un même commandement, constituées pour partie de policiers en tenue pour quadriller le terrain et pour partie de fonctionnaires en civil qui vont, eux, procéder aux arrestations. Cette unité existe déjà à Paris, c’est la compagnie de sécurisation.

Les relations entre la police et la population sont parfois difficiles.

Globalement, les gens ont confiance dans la police. Des crispations peuvent survenir dans des quartiers quand la police arrive, parce que, justement, certaines personnes ne souhaitent pas que la police soit présente. Je sais que c’est une infime minorité même si parfois elle fait beaucoup de bruit. L’immense majorité des Français préfère voir trois policiers dans la rame quand ils prennent le métro, croiser une patrouille quand ils sont dans la rue, même si, une fois de temps en temps, ils sont amenés à justifier de leur identité. Vous le faites bien quand vous allez à La Poste retirer un paquet. Les demandes de la police me paraissent au moins aussi légitimes que celles de La Poste. Et ce n’est pas parce qu’il y a une hostilité dans un quartier qu’il ne faut pas y aller, bien au contraire.


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