samedi 16 décembre 2017

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« Je ne veux pas retourner en Italie, les services secrets veulent ma peau »

Nicolas Zeitoun, le Matin Bleu

lundi 24 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Un Marocain affirme avoir infiltré une cellule islamique de Milan pour le compte des renseignements civils italiens (SISDE). Se disant menacé, il a demandé l’asile à la Suisse, qui ne le croit pas. Il a fait recours.

Rencontré à Lausanne, l’homme tient à son anonymat. « Je ne veux pas retourner en Italie, les services secrets veulent m’assassiner », affirme Farid*, 30 ans. Il dit avoir été agressé à Milan par trois hommes encagoulés le 19 mars. Le lendemain, sa voiture a été volée. Par qui ? Mystère. Le lendemain, il s’enfuit en Suisse avec sa famille.

Mis sous pression par les Italiens, Farid craint que le SISDE n’ait pas apprécié d’avoir été doublé. C’est que l’« espion » avait pris contact avec la CIA et les renseignements suisses. Il a même rencontré des représentants du Service suisse d’analyse l’année dernière au Tessin. Il voulait l’avertir que des activistes allaient se rendre dans notre pays. Ledit service confirme la rencontre mais estime que Farid « n’est pas crédible ».

Arrivé en 1999 illégalement en Italie, le Marocain travaille comme boulanger pour vivre. Deux ans plus tard, il prend de lui-même contact avec le SISDE. Pour l’argent, pour obtenir un permis de séjour et par conviction, explique-t-il. A Milan, cette « petite main » récolte des renseignements sur des activistes musulmans, surtout ceux du parti de la libération (hizb-al-tahrir). Selon Jacques Baud, spécialiste du renseignement stratégique et du terrorisme, il s’agit d’un mouvement fondamentaliste, considéré comme modéré en Europe mais terroriste en Asie centrale. En échange, le SISDE assurait à Farid un permis de séjour ainsi que quelques centaines d’euros payés au coup par coup, trop chichement selon lui.

Aujourd’hui, Farid en est à son deuxième recours contre le rejet de sa demande d’asile. Il affirme avoir déposé une plainte contre l’Office fédéral de police. Contacté, celui-ci ne veut donner aucune information sur l’affaire mais indique qu’il envisage « avec sérénité » la possibilité d’une telle plainte.

Farid a aussi contacté, sans grand succès, Dick Marty, le pourfendeur des prisons secrètes de la CIA. Au Service d’aide juridique aux exilés, on indique que des histoires comme celle de Farid, on en recense deux ou trois par année

« Son histoire tient la route »

Vraie ou pas l’histoire de Farid ? A défaut de pouvoir le dire, Jacques Baud estime en tout cas que la « mécanique générale du récit tient la route ». Selon lui, le requérant a toutefois peut-être amplifié la menace qui pèse sur lui. Les motifs de son engagement au SISDE lui paraissent aussi douteux. Mais contrairement à l’Office des migrations, il juge « pas du tout fantaisiste » la façon dont le Marocain a contacté la CIA.

F. dit avoir de la peine à dormir. Il remue ciel et terre pour s’en sortir. Il a même saisi la Cour européenne des droits de l’homme. - N.Z.


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