samedi 16 décembre 2017

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Irak - Le rôle des services secrets italiens

Giuseppe D’Avanzo, la Repubblica

mercredi 26 septembre 2007, sélectionné par Spynews

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L’ère de la "guerre contre le terrorisme" en Irak et en Afghanistan a bouleversé le métier des agents de renseignements sur le terrain, constate La Repubblica, qui souligne la forte implication des services italiens avant la chute de Bagdad, en 2003.

L’agent des services secrets italiens capturé dimanche par les talibans et gravement blessé lundi lors de l’opération lancée pour le libérer n’a pas de visage, pas de famille, pas d’histoire. Son nom est Personne. Les agents comme lui agissent sur le terrain sans aucune couverture officielle. Il arrive que l’on devine leur nom quand une veuve reçoit un hommage officiel ou que l’on comprenne leur destin quand leur mort est rapidement classée comme "accident de la route", sans la moindre explication, sans reconstitution et sans nom.

Autrefois, la plupart des "agents sur le terrain" étaient de faux hommes d’affaires qui vivaient dans les halls des grands hôtels. Les Italiens, surtout en Afrique et au Moyen-Orient, se promenaient dans les "quartiers occidentaux". Ils offraient à boire et payaient des prostituées. Ils grattaient sur les fonds spéciaux. Ils magouillaient d’improbables affaires tout en notant par-ci par-là quelques détails, une connexion, des combinaisons, des intérêts. S’ils étaient audacieux, ils allaient jusqu’à photographier une usine suspecte. La diarrhée figurait sur la longue liste des inconvénients habituels du métier. Mais la "guerre contre le terrorisme" et les missions à l’étranger de notre armée ont changé les objectifs, les méthodes et l’état d’esprit nécessaire pour faire ce travail ingrat.

Qui est qui, en Afghanistan, dans l’enchevêtrement des bandes criminelles, des milices de la drogue, des services de police corrompus, des talibans fanatiques ? Pour le savoir, il faut aller à la rencontre de l’ennemi, le connaître, le contacter, en prendre la mesure et même conclure avec lui des accords secrets, comme les Soviétiques l’ont fait autrefois avec le commandant Massoud et les Américains avec les moudjahiddin d’abord, les seigneurs de la guerre et de la drogue ensuite.

Une autre manière de pratiquer le métier d’espion consiste à crapahuter pendant des semaines en civil le long des sentiers de montagne, sans couverture et avec pour toute protection celle du "passeur" à qui l’agent confie sa vie, avec un revolver caché sous la chemise et un GPS qui devrait permettre au commandement de le localiser, tôt ou tard. Un mode d’action que la division "Opérations internationales" du renseignement militaire italien (le SISMI) avait inauguré à la veille de l’invasion de l’Irak, fin décembre 2002.

Pendant deux semaines, une vingtaine d’agents sur le terrain s’étaient infiltrés dans les grandes villes - Bassorah, Bagdad, Kirkouk – pour établir des contacts avec un réseau fiable d’informateurs. Ce dernier était constitué d’officiers irakiens formés dans nos académies militaires et devenus, au fil du temps, généraux et chefs d’état-major, de techniciens qui avaient travaillé avec des Italiens et en Italie lorsque notre pays, dans les années 1980, fournissait à Saddam Hussein des navires, des systèmes d’armement, de la technologie. Ces gens n’avaient pas oublié Rome et, pendant la première guerre du Golfe, Rome ne les avait pas oubliés.

Ils avaient raconté que, dans les arsenaux de Saddam, il n’y avait pas d’armes de destruction massive, mais uniquement un état-major qui attendait pour se rendre au meilleur prix possible, une armée qui ne voulait pas combattre et n’avait pas les moyens de le faire, qui avait le moral dans les chaussettes. Ces informations décisives ont permis aux forces de la coalition de donner le feu vert pour l’invasion sans l’angoisse de devoir y "perdre" 37 000 hommes comme le prédisaient les analystes du Pentagone. Elles ont permis à l’armée américaine de traverser le pays tranquillement en colonnes immenses.

Grâce aux vingt "hommes invisibles" du SISMI, les commandements des forces de la coalition savaient que l’agression chimico-bactériologique n’aurait pas lieu, que les ponts de Bagdad ne seraient pas détruits, que ce serait plus ou moins une promenade. Ce qui a été le cas.

Par la suite, poussés par le gouvernement, les dirigeants du SISMI ont "oublié" les agents sur le terrain, comme Personne. Ils ne sont redevenus intéressants que lorsque des Italiens, journalistes ou humanitaires, ont été enlevés. Un travail bien différent de leur mission d’origine. La récolte d’informations ne sert plus dès lors à identifier l’ennemi et à l’anéantir, ni à connaître ses intentions et ses stratégies, encore moins à le coopter : il s’agit d’évaluer les exigences de l’ennemi, de les rendre acceptables, de les satisfaire pour récupérer les otages. Les agents sur le terrain deviennent des médiateurs, et rien de plus que des "officiers payeurs".


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