lundi 18 décembre 2017

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L’armement terrestre réclame plus de crédits

Véronique Guillermard, le Figaro

mercredi 26 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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L’équipement du fantassin français est deux fois moins important que celui de l’anglais.

À L’APPROCHE d’arbitrages importants pour son avenir et à la veille du budget 2008, l’armée de terre ne cache plus son inquiétude. Elle craint de s’enfoncer dans le rôle de parent pauvre de la grande famille militaire en terme de budget, de format (les effectifs) et d’équipements. « Depuis trois ans, nous avons assisté à un triple décrochage », a expliqué hier Bruno Rambaud, président du Gicat, qui groupe les entreprises qui équipent l’armée de terre.

D’abord, en termes de capitaux investis : ils stagnent autour de 2,6 milliards d’euros tandis que ceux de l’armée de l’air progressent (de 3,2 à plus de 4 milliards d’euros) comme ceux de la Marine (de 2,9 à 3,7 milliards d’euros). Ensuite en terme d’équipements. L’armée de terre, qui représente 85 % des effectifs engagés (projetés, en langage militaire) sur les théâtres d’opération tels que l’Afrique, le Kosovo ou encore l’Afghanistan et 85 % des pertes humaines, ne se voit consacrer que 15 % des dépenses totales d’équipements.

« Les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne ont, au contraire de la France, fait des efforts en faveur du terrestre », insiste Bruno Rambaud, qui préside également l’activité terrestre de Thales. Ces pays ont tiré les conséquences du changement de la nature des menaces (multiplications des bombes IED qui explosent sous le ventre des blindés par exemple) et de la façon d’intervenir (par petites unités décentralisées, souvent au contact des populations). Le budget d’équipement de l’armée de terre américaine et des Marines Corp représente 30 % du total des crédits d’équipements. Autre exemple parlant, Londres investit 97 000 euros par fantassin en équipements ; Paris, 54 000 euros.

Surcoûts de l’hypertechnologie

Or, le gouvernement Fillon a décidé d’auditer sa politique en matière de défense. Remise à plat des programmes, rédaction d’un nouveau livre blanc dans le cadre de la préparation de la future loi de programmation militaire (LPM) 2008-2013, déclarations musclées d’Hervé Morin, le ministre de la Défense, sur les surcoûts de l’hypertechnologie qui les handicapent à l’export. Les militaires et les industriels se sentent dans l’oeil du cyclone. D’autant que les budgets sont contraints, malgré l’engagement de continuer à consacrer 2 % du PIB à la défense.

Dans ce contexte, à budget constant, les industriels plaident pour une augmentation de l’enveloppe dédiée au terrestre. Ils disent haut et fort que « la technologie est indispensable pour équiper et protéger les hommes car celui qui a une technologie supérieure prend l’avantage ». « Il faut mesurer le coût des technologies par rapport à l’avantage opérationnel procuré, c’est-à-dire réaliser une analyse de la valeur », résume Bruno Rambaud. Non seulement les armées ont besoin des technologies critiques - elles peuvent représenter 2 à 3 % d’un programme mais 20 % de son coût - mais les commerçants aussi. Le Gicat assure que, bien que sophistiqués, ses matériels se vendent à l’export (3,66 milliards d’euros en 2006 contre 2,94 milliards en 2005).

En contrepartie, le monde du terrestre devra dégager des marges de manoeuvre via la réduction de ses bases arrières (soutien et support) implantées en France. En particulier de la DCMAT, le service d’entretien de l’armée de terre, avec ses 35 sites industriels dispersés sur le territoire et ses 7 500 personnels à statut, dont des milliers d’ouvriers d’État. L’armée de terre effectue encore en interne beaucoup de travaux (entretien, reconstruction...). Mais elle est prête à évoluer : elle a décidé de confier à Nexter (ex-Giat) l’entretien de son futur blindé VBCI. Une première. Quant aux industriels, ils doivent unir leur force, ce qui passe par des programmes communs et des fusions.


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