dimanche 22 octobre 2017

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Les espions de Pékin dans la guerre du renseignement économique

Jean-Jacques Mével, le Figaro

mardi 21 juin 2005, sélectionné par Spyworld

Une succession d’incidents met en lumière la face cachée d’une concurrence acharnée avec l’Occident.

Si le dynamisme économique et l’essor des crédits militaires sont les ressorts connus d’une politique de puissance, la guerre du renseignement en est souvent la signature clandestine. Sur ce front-là un nouvel affrontement se dessine : après les espions venus du froid, voici le tour des taupes chinoises.

Dans ce face-à-face souterrain entre l’Occident et la République populaire, personne ne connaît encore très bien les forces et les faiblesses de l’autre. Mais l’accumulation récente des incidents, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord et jusqu’en Australie, témoigne de l’appétit planétaire de la Chine pour l’influence et surtout pour les secrets des autres. Un intérêt commercial bien compris conduit encore quelques capitales, notamment en Europe, à préférer une prudente discrétion sur le sujet.

Peu à peu, pourtant, une réalité s’affirme : les « services » se retrouvent face à un défi sans précédent depuis l’effondrement de l’empire soviétique. Sans surprise, c’est Wa shington qui sonne l’alarme. « Même en multipliant nos agents, nous ne pourrions stopper la vague », notait récemment David Szady, n° 2 du contre-espionnage au FBI.

Ces dernières années, le profil de l’espionnage chinois s’est dégrossi et il apparaît aujourd’hui bien différent du modèle soviétique. La nouvelle guerre de l’ombre n’est pas la réplique de la précédente, ce qui ajoute à la perplexité. A l’obsession de l’ex-URSS pour le renseignement d’intérêt militaire s’oppose l’acharnement de la République populaire à espionner pour le seul objectif qui compte : la guerre économique. Ses agents opèrent aussi d’une manière inhabituelle. Rares sont ceux qui peuvent situer l’équivalent chinois du KGB. Et si l’on soupçonne l’existence d’officiers traitants, ils se gardent bien de fréquenter les missions diplomatiques chères à John Le Carré.

La question du renseignement industriel a fait surface en France au printemps, avec l’incarcération de Li Li Huang, jeune Chinoise en stage chez l’équipementier automobile Valeo.

Un réseau chinois aux dimensions de l’Union européenne et piloté depuis la Belgique serait dans le collimateur de plusieurs services de contre-espionnage depuis 2003, d’après le Centre européen pour le renseignement stratégique (ESISC), installé à Bruxelles. Sous la façade d’une association d’étudiants « indépendante de toute structure diplomatique », il regrouperait plusieurs dizaines d’agents, stagiaires en entreprises et doctorant en sciences pour la plupart.

De l’autre côté de l’Atlantique, le FBI s’inquiète publiquement de l’envolée des affaires d’espionnage chinois, en hausse de 20 à 30% par an, entre autres dans la Silicon Valley, pépinière californienne des hautes technologies. Les Etats-Unis ont sous surveillance plus de 3 500 entreprises liées à Pékin et soupçonnées d’avoir comme activité n° 1 la collecte du renseignement.

Les universités américaines, qui sont souvent de puissants laboratoires de recherche, sont considérées comme le maillon faible. « Elles accueillent 150 000 étudiants chinois, dont certains ont reçu comme mission explicite de faire leur chemin dans les grandes entreprises », soutenait David Szady en février, devant un parterre d’experts américains.

Dans le ciblage chinois, les technologies civiles comme les systèmes informatiques, l’aéronautique, les lasers ou les capteurs l’emportent largement sur les secrets purement militaires. Pékin excellerait aussi dans l’art de reconstituer un tableau complet à partir des détails patiemment accumulés sous une multitude de regards, hommes d’affaires en mission, chercheurs universitaires, voire simple touristes.

Dernier en date, l’épisode australien montre les « services » de la République populaire désormais assez sûrs d’eux pour monter des campagnes d’influence et étendre à l’étranger la mise au pas de toute opposition. Coup sur coup, quatre diplomates et agents chinois ont fait défection et révélé, au début du mois, l’existence d’un bon millier de barbouzes, chargés d’intimider les adeptes de la secte Falun Gong, obsession sécuritaire n° 1 de la dictature. La même accusation, aussitôt démentie par Pékin, s’est étendue à la Nouvelle-Zélande et au Canada, autres terres d’exil des Chinois en rupture.

La « stagiaire » chinoise remise en liberté La jeune stagiaire chinoise suspectée d’espionnage chez Valeo a été remise en liberté hier après-midi par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles (Yvelines). Mise en examen le 29 avril pour « intrusion dans un système automatique de données », elle avait été suspectée d’avoir recopié des fichiers informatiques de l’entreprise sans rapport avec son stage. Lors de leurs investigations, les policiers auraient relevé sur ses mails des messages codés provenant de Chine. Li-Li, 22 ans, effectuait un stage depuis février chez l’équipementier automobile Valeo à La Verrière (Yvelines) dans le cadre de ses études à l’université de technologie de Compiègne (Oise).


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