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L’Internet dévoile les tréfonds des polices secrètes de l’Europe communiste

Jean-Luc Testault, AFP

jeudi 27 septembre 2007, sélectionné par Spynews

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Près de dix-huit ans après la chute du communisme à l’est de l’Europe, l’Internet dévoile de plus en plus les dossiers des anciennes polices secrètes qui espionnaient leurs citoyens avec une minutie maniaque.

Depuis mardi soir, pour la première fois, des extraits de dossiers concernant les plus hauts responsables actuels de la Pologne, sont visibles sur l’Internet .

Même si on ne pouvait rien apprendre de nouveau, l’intérêt des Polonais a été tel que l’accès au site a été par moments difficile voire impossible.

L’Institut de la mémoire nationale (IPN), qui a la garde des archives communistes polonaises, a commencé à mettre en ligne des extraits des dossiers de tous les hauts responsables, qu’ils aient été collaborateurs ou bien victimes, comme les frères Kaczynski, des opposants mineurs du temps du communisme.

La publication a été décidée en vertu de quelques articles rescapés d’une vaste loi sur la décommunisation, qui devait être la grande oeuvre des jumeaux Kaczynski au pouvoir, mais qui a été largement invalidée par la Cour constitutionnelle en mai.

La Cour a interdit l’obligation pour des centaines de milliers de personnes, dont les journalistes et les universitaires, de déclarer s’ils avaient collaboré ou non avec la Sluzba Bezpieczenstwa (SB).

En Bulgarie, une nouvelle loi prévoit aussi la publication sur l’Internet des noms des anciens collaborateurs qui appartiennent à 29 catégories de la vie publique. La commission chargée des archives de la Darzhavna Sigurnost a ainsi rendu public début septembre le nom de 141 parlementaires de l’après-communisme qui avaient été des collaborateurs. Parmi eux figure l’actuel président Georgui Parvonov.

La République tchèque avait joué les pionnières en mars 2003 en publiant sur papier et sur Internet une liste officielle exhaustive des dizaines de milliers de collaborateurs de l’ancienne Statni Bezpecnost (StB).

La Slovaquie, qui du temps du communisme ne faisait qu’un seul pays avec la République tchèque au sein de la Tchécoslovaquie, a suivi le même modèle, en mettant progressivement en ligne à partir de novembre 2004 la liste complète des agents et collaborateurs.

La publication des dossiers sur l’Internet ne fait cependant pas l’unanimité. Nombre d’historiens soulignent que les dossiers ne disent pas forcément la vérité, les policiers ayant parfois transformé en informateurs des gens qu’ils avaient simplement écoutés.

La collaboration des citoyens avec la police secrète, volontairement ou sous la contrainte, était cependant massive. Et elle continue d’empoisonner la vie publique dans la plupart des pays post-communistes de l’UE.

L’accusation de collaboration est facilement utilisée pour discréditer des adversaires ou des personnalités en vue.

Seuls quelques pays échappent à ces débats récurrents.

L’Allemagne, qui ne voulait pas voir se répéter les failles de la dénazification, a procédé à une décommunisation radicale dans la fonction publique juste après la réunification en 1990, mais elle a refusé de mettre les dossiers sur l’Internet.

L’Allemagne a en revanche été la première à organiser un accès régulé aux archives de la Stasi, la Sûreté d’État de la RDA. Toute personne peut consulter tous les dossiers où son nom figure. Journalistes et historiens peuvent aussi accéder aux documents. L’appartenance à la Stasi de personnalités en vue a été révélée par la presse, mais aucune liste exhaustive des agents et collaborateurs de la Stasi n’a été publiée.

Dans l’ancien bloc communiste, la Hongrie est une exception car elle a refusé de régler des comptes quelconques. Les anciens collaborateurs de la police secrète n’ont jamais subi la moindre contrainte. Et l’ancien premier ministre Peter Medgyessy a pu rester en fonction malgré la révélation de son passé d’agent des services secrets.


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