jeudi 14 décembre 2017

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"Paris se méfie des fonds souverains",

Agnès Séverin, Challenges.fr, via Veille.com

vendredi 28 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Alain Juillet, haut responsable chargé de l’intelligence économique, a présenté, mercredi 26 septembre, dans les bureaux du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale), ses fiches pratiques pour aider les PME françaises dans leur processus de levée de fonds. Ni diabolisation, ni angélisme : les entreprises en croissance ont besoin des fonds d’investissement pour "tenir le choc face à la concurrence mondiale", mais ne doivent pas se laisser approcher de trop près et se dévoiler… au moins pas dès le premier tour de table.

Loin de vouloir "jeter l’anathème" sur les investisseurs étrangers au risque de les décourager d’investir en France, le groupe de travail interministériel n’a pas manqué de réagir indirectement à l’entrée de l’Autorité d’investissement du Qatar, à près de 24%, dans le capital de la Bourse de Londres, le London Stock Exchange (LSE). "Les fonds souverains ont des moyens considérables, ils vont chercher quelque chose. Tous les fonds n’ont pas une logique financière, mais parfois une stratégie d’appauvrissement et de captation des technologies, comme In-Q-Tel, le fonds de la CIA. Les Etats doivent se préoccuper de cela et veiller à ce que le combat concurrentiel se fasse à armes égales", a rappelé, à titre général, l’ancien directeur du renseignement de la DGSE.

"L’émergence des ’sovereign wealth funds’ (SWF) est sans commune mesure avec les fonds de LBO ou de private equity, ou les fonds de pension anglo-saxons que nous avons connus jusqu’ici. Leurs mises sont beaucoup plus importantes et leur but n’est pas de réaliser une plus-value mais de s’approprier des technologies", confirme Bruno Rigal, associé fondateur du fonds Osiris Partners. Et de pointer la nouvelle concurrence entre les fonds anglo-saxons et les fonds chinois et indiens, qui "ont des capacités d’investissement énormes" : "il y a un maillage secret qui se met en place, sans qu’on s’aperçoive des conséquences que cela peut avoir, et qui organise le recyclage des excédents de balance des paiements ou des budgets nationaux et des pétro-dollars". Aline Corbin Pajolec, de la Financière d’Antin, explique elle que "les fonds ’charia compliant’ [répondant aux contraintes de la loi islamique, ndlr] pèsent déjà 500 milliards de dollars en Europe !".

Le danger ? Que "certains fonds demandent quantité d’informations en faisant miroiter un investissement, dans le seul but que d’autres structures où le fonds a investi puissent les utiliser", explique Alain Juillet. "Il n’est pas certain que les patrons des grandes entreprises aient tous conscience des risques dans leurs rapports avec les fonds d’investissement", ajoute enfin un membre du groupe de travail. L’affaire Echelon, sur l’espionnage économique émanant des Etats-Unis, avait été, il y a 5 ans, l’occasion de braquer le projecteur sur la porosité des cabinets de consulting ou de courtage d’assurance par rapport à leur gouvernement. Des menaces qui, si elles ne concernent pas que les secteurs liés à la sécurité du territoire, ou leurs équipementiers, ne doivent pas mener à la paralysie.

C’est dans une optique à la fois "défensive et offensive" que la politique publique de la "Mission intelligence économique" a permis, depuis 2004, de sensibiliser les entreprises aux questions de "sécurité de l’information", de "veille stratégique" et d’"influence", par le relais des préfets, et à travers l’organisation de réunions en régions. Alertées sur l’existence de ce nouvel instrument de gouvernance, les PME peuvent dorénavant l’utiliser pour faciliter leur développement à l’international. Objectif de ces fiches très synthétiques, téléchargeables sur le site www.intelligence-economique.... orienter sur le "dosage et le phasage des informations" pour favoriser "la capacité de dialogue avec les fonds et équilibrer la discussion et la négociation". A la clé, leur précieux carnet d’adresses local… dans des pays pas faciles à aborder.


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