mardi 12 décembre 2017

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Le terrorisme islamiste de l’avant-11-Septembre en procès

Pascale Robert-Diard, le Monde

lundi 1er octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Longtemps, Rachid Ramda a été le caillou dans le soulier des juges français. Il leur a fallu attendre dix ans pour entendre cet ancien responsable du Groupe islamique armé (GIA), considéré comme l’un des hommes-clés de la série d’attentats meurtriers commis à Paris pendant l’été 1995. C’est peu dire qu’ils ont mal vécu la suspicion exprimée à leur encontre par leurs homologues britanniques, qui ont à plusieurs reprises refusé l’extradition de Rachid Ramda, au motif que celui-ci ne bénéficierait pas, en France, d’un "procès équitable".

Cette attente risque de peser sur l’audience qui s’est ouverte, lundi 1er octobre, et pour une durée d’un mois, devant la cour d’assises de Paris, spécialement composée de douze magistrats professionnels et présidée par Didier Wacogne. Cinq ans jour pour jour après le procès qui s’est tenu devant cette même cour d’assises et qui s’est achevé par la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, il va falloir reprendre, chapitre par chapitre, l’examen des trois attentats commis dans le RER et le métro parisien – Saint-Michel, Musée-d’Orsay et Maison-Blanche – qui ont fait huit morts et deux cents blessés.

Considéré par l’accusation comme le financier de l’organisation, Rachid Ramda, 38 ans, est poursuivi pour complicité. Sa participation dans la préparation de la vague d’attentats lui a déjà valu, en mars 2006, une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à dix ans de réclusion criminelle, confirmée en appel.

Il avait alors refusé de s’expliquer, dénonçant un "procès scandaleux", et avait demandé à ses avocats, MesGuillaume Barbe et Benoît Diesch, de ne plus le défendre. Il avait revendiqué le même mutisme devant le juge du pôle antiterroriste Jean-Louis Bruguière pendant l’instruction, et laissé entendre qu’il réservait ses explications à la cour d’assises.

COMPTABILITÉ DU GIA EUROPE

Rachid Ramda avait été identifié par la direction de la surveillance du territoire (DST) en novembre 1995, comme étant celui qui, sous le pseudonyme de "Elyas" ou "Elyes", assurait depuis Londres le financement des voyages et de l’hébergement des membres du GIA, ainsi que la rédaction du journal Al Ansar, qui appelait à commettre des attentats sur le territoire français.

Son interpellation par la police britannique avait permis de mettre la main, lors d’une perquisition à son domicile, sur des disques d’ordinateur contenant la comptabilité du GIA Europe, plusieurs communiqués du groupe, et des directives concernant la création d’un groupe islamiste armé en France.

Les enquêteurs avaient également saisi une copie de l’ultimatum adressé le 27 août 1995 par le chef du GIA, Djamel Zitouni, au président de la République, Jacques Chirac, l’enjoignant de se convertir à l’islam et de cesser son soutien au gouvernement algérien. Ont été trouvés enfin les contrats d’abonnement des deux lignes téléphoniques appelées dans les jours et les heures précédant les attentats par Boualem Bensaïd.

Les présomptions contre Rachid Ramda étaient renforcées par la mise à jour de plusieurs transferts d’argent, en juillet 1995, entre lui-même et Bensaïd, ce qui, pour l’accusation, signe sa complicité dans la commission de l’attentat de Saint-Michel. C’est cette même complicité qui avait été retenue à l’encontre de Boualem Bensaïd, au terme du premier procès devant la cour d’assises spéciale.

Douze ans après l’explosion de la bombe meurtrière, le 25juillet 1995,vers 17h30, dans une rame du RER, la question de l’auteur principal de l’attentat de Saint-Michel reste entière.

Chronologie

25 juillet 1995. L’explosion d’une bouteille de gaz, bourrée d’écrous, dans le RER parisien, à la station Saint-Michel, fait 8 morts et 119 blessés.

17 août. L’explosion d’un engin semblable dans une poubelle de l’avenue Friedland, à Paris, fait 17 blessés.

26 août. Un engin explosif est retrouvé sur la ligne de TGV Lyon-Paris.

3 septembre. Quatre femmes sont blessées sur un marché, boulevard Richard-Lenoir (Paris 11e), par l’explosion d’une bombe cachée dans un autocuiseur.

7 septembre. Une voiture piégée explose devant une école juive à Villeurbanne (Rhône), faisant 14 blessés.

29 septembre. Identifié comme le principal suspect après la découverte de ses empreintes digitales sur la bombe du TGV, Khaled Kelkal est tué le 29 septembre près de Lyon, au lieu-dit Maison-Blanche, par des gendarmes sur lesquels il venait de faire feu.

6 octobre. Attentat au métro Maison-Blanche à Paris, 16 blessés.

17 octobre. Attentat sur une rame du RER C entre les stations Musée-d’Orsay et Saint-Michel, une trentaine de blessés.

1er et 2 novembre. Arrestation de Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, qui seront condamnés en décembre 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité.

4 novembre 1995. Interpellation à Londres de Rachid Ramda.

Décembre 2005. Extradition de Rachid Ramda vers la France.


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