lundi 16 octobre 2017

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Le « nanodrone » Libellule sera le troisième oeil du fantassin

Arnaud de La Grange, le Figaro

mardi 21 juin 2005, sélectionné par Spyworld

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Ce minuscule engin, conçu par la DGA, ne vole pas encore mais bat des ailes.

Dans l’ombre immense des ailes de l’A-380, il fallait de bons yeux pour trouver le plus petit engin volant du Salon du Bourget. Six centimètres d’envergure. Un insecte, une libellule plus exactement, puisque c’est le nom de ce programme de la très sérieuse DGA (Délégation générale pour l’armement). Un projet au service des terriens : le nanodrone Libellule se veut « l’oeil déporté » du soldat du futur, l’outil qui lui permettra enfin de voir, et tirer, dans coins et recoins. La famille sans cesse élargie des aéronefs sans pilote comptait déjà les microdrones, rejetons tardifs des drones d’observation et de combat dont l’usage explose aujourd’hui en Irak. Des engins longs d’à peine quelques dizaines de centimètres, développés notamment par les chercheurs américains. Avec le nanodrone, les ingénieurs français explorent un peu plus loin les voies du minuscule.

Lancé il y a deux ans, le projet se veut « bio-inspiré ». « Les minidrones expérimentaux américains sont très sophistiqués mais reposent sur des technologies relativement conventionnelles avec un minimoteur notamment, explique Pierre-François Louvigné, l’un des responsables du programme à la DGA. Ici, il s’agit de reproduire les mêmes caractéristiques mécaniques que l’original biologique. » La Libellule sera ainsi mue par quatre petites ailes de 3 centimètres, qui font appel à une technologie totalement inédite : chacune d’entre elles compte 180 000 muscles répartis sur sa surface, des fibres à peine plus grosses qu’un cheveu. Excités électriquement, ces nanomuscles artificiels s’affaissent et se redressent, ce qui produit un battement d’une amplitude de 40° en bout d’aile, proche du modèle animal. Le poids total du nanodrone en silicium, énergie incluse, ne devrait pas dépasser 120 milligrammes.

La DGA a passé un contrat de recherche avec la société Silmach, une émanation du CNRS et de l’université de Franche-Comté. « Ce programme comporte des enjeux qui pourraient s’avérer énormes en terme de rupture technologique », assure Pierre-François Louvigné. Aujourd’hui, le battement des ailes est maîtrisé, mais il reste à faire voler l’engin, y intégrer moyens de navigation et de communication suffisamment miniaturisés. « Nous ne maîtrisons pas toutes les technologies nécessaires, poursuit-il, nous sommes en pleine science-fiction, mais qui pouvait croire il y a un an et demi que nous ferions battre ces ailes... »

En 2030, les libellules pourraient voleter sur le champ de bataille. Leurs concepteurs voient un nanodrone qui, plié, tiendrait dans un étui de la taille d’une demi-cigarette. Un combattant pourrait en avoir une vingtaine dans sa poche, puisque Libellule est jetable. La section est bloquée par un nid de mitrailleuses ? Une progression en terrain urbain se révèle hasardeuse ? Libellule est lancée d’un simple coup de main et va voir ce qui se cache derrière le bosquet, dans la bâtisse qui barre la route. L’oeil du drone sera, lui aussi, bio-inspiré en prenant pour modèle celui de la mouche. La guerre de demain promet un drôle de bestiaire.

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Le microdrone Libellule (crédits : DGA/COMM)


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