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En mission secrète en Afghanistan, un Italien raconte son enlèvement

Richard Heuzé, le Figaro

lundi 8 octobre 2007, sélectionné par Spynews

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Ils étaient deux agents des services secrets italiens en mission dans l’ouest de l’Afghanistan. Un seul est revenu vivant.

QUAND IL EST ENLEVÉ avec un autre officier des services secrets militaires italiens (Sismi), il est en mission dans l’ouest de l’Afghanistan, non loin de la frontière avec l’Iran. Deux jours plus tard, le 24 septembre, à l’aube, un raid anglo-italien permet leur libération. Grièvement blessé lors de l’intervention alliée, son compagnon d’armes, le maréchal Lorenzo d’Auria, est décédé jeudi dernier. Lui, tout en préservant son identité, a choisi de raconter ces deux journées au Corriere della Sera.

« Nous devions garantir la construction d’un pont en toute sécurité. Des contacts avaient été noués avec tous les groupes de la région, y compris les talibans. Notre rôle, explique-t-il, consistait à nous assurer qu’aucune violence ne serait exercée à l’encontre des employés de la firme qui devait réaliser l’ouvrage. »

Au matin du samedi 22, les deux agents partent en voiture pour la vallée de Zirko, à cent kilomètres au sud de Herat, où sont cantonnés quelque 800 militaires italiens. « Nous avons pris en route un homme qui disait nous avoir ménagé un contact avec les talibans. À l’entrée de Zirko, il nous a fait contourner la ville et prendre un chemin de pierre. L’embuscade s’est produite peu après. Des individus armés ont entouré notre voiture. Ils nous ont fait descendre et nous ont confisqué armes et effets personnels. Puis j’ai du monter dans le coffre d’une Toyota Corolla, seul, les yeux bandés. »

Volée de coups

Au pied d’une montagne, il est sorti du coffre de la voiture et contraint à marcher. Il traverse un ruisseau, puis commence l’ascension. Lorenzo d’Auria et l’interprète le rejoignent. Il a le droit de soulever son bandeau, mais seulement pour voir où il met les pieds. Chaque fois qu’il lève les yeux, une volée de coups s’abat sur lui. Dans une grotte, ils sont interrogés. Ils passeront cette première nuit de captivité à la belle étoile, bandés, les mains liées dans le dos.

Leurs ravisseurs sont contents de leur prise : ils ont appris, après la divulgation de la nouvelle de l’enlèvement, que leurs prisonniers sont deux agents secrets italiens. Des talibans à qui ils comptent livrer leurs deux captifs, ils espèrent obtenir un meilleur prix. Le matin, retour à la Toyota qui prend la direction de l’est, au-delà de la ville de Farah.

Dans le ciel afghan, les opérations de recherche ont été activées. Des appareils sans pilote, de type Predator, localisent le véhicule. Le temps presse. « Plus on tardait, plus on risquait de perdre le contact », dira le chef des opérations, le général Giorgio Battisti. À Rome, Romano Prodi donne son feu vert le dimanche soir : « Nous n’avons pas hésité une minute. »

« Cela tirait de partout »

L’interception a lieu lundi, à l’aube. Des troupes d’élite, les Col Moschin italiens et les légendaires SAS britanniques, y prennent part. Dans la voiture, les deux otages sont étendus à l’arrière, sous une bâche : « Il faisait chaud. Nous suffoquions. Après deux heures de route, nous avons entendu un hélicoptère. La voiture a accéléré. Puis elle a essuyé des coups de feu et s’est arrêtée. Les ravisseurs sont descendus et ont ouvert nos portières. Cela tirait de partout. Deux minutes plus tard, tout était fini. Un soldat britannique m’a aidé à quitter la voiture et m’a conduit à l’hélicoptère. Lorenzo était porté par deux militaires parce qu’il était grièvement blessé. Nous avons été conduits dans l’hôpital des Britanniques. »

L’otage rescapé affirme n’avoir vu aucun soldat italien durant cette opération conjointe. À Rome, les autorités n’ont fait aucun commentaire.


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