mercredi 18 octobre 2017

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La divulgation d’une vidéo de Ben Laden provoque une polémique

Sylvain Cypel, le Monde

mercredi 10 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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"Il nous a fallu des années pour mettre au point nos techniques, et elles ont été rendues bonnes à rien !" Directrice d’un organisme spécialisé dans le recueil d’informations sur le terrorisme nommé SITE (Search for International Terrorist Entities), Rita Katz enrage. Selon ses dires, elle s’est procuré la récente cassette d’Oussama Ben Laden, dans laquelle le chef d’Al-Qaida s’adressait aux Américains, avant que les services de renseignement américains n’en aient connaissance.

Elle assure l’avoir remise, le 7 septembre à 10 heures, à deux responsables de la Maison Blanche : Fred Fielding, conseiller juridique du président George Bush, et Joel Bagnal, assistant à la sécurité nationale. Elle en a aussi envoyé un exemplaire à Michael Leitner, numéro deux du Centre du contre-terrorisme. Tous, dit-elle, s’étaient engagés à ce que l’existence de cette cassette ne soit pas divulguée avant qu’Al-Qaida ne l’officialise.

Mais vingt minutes après, plusieurs agences de renseignement américaines en avaient la copie. Et de la Maison Blanche partaient des courriels vers des dizaines de correspondants pour les en informer. L’après-midi, la chaîne ABC obtenait des images et la transcription audio de certains passages. A 15 heures, Fox News donnait l’origine de la cassette, divulguant le nom de SITE.

Résultat, assure Mme Katz, son très discret réseau de "suivi" des organisations terroristes est confronté à d’énormes problèmes. Al-Qaida a pris des mesures pour "bloquer ses accès".

"COUP TORDU"

Israélienne d’origine, Mme Katz a fondé SITE en 2002. Son institut fait partie des contractants privés des agences de renseignement américaines, lesquelles disposent d’un milliard de dollars annuel pour leur rétribution. Son officine diffuse des analyses tous azimuts sur les organisations islamistes, du Maghreb au Bangladesh. Elle propose un accès privilégié à des informations réservées à des clients sélectionnés, publics et privés.

Tout en s’avouant "inquiète" des déboires de SITE, la Maison Blanche a nié, mardi 9 octobre, avoir fait "fuiter" cette cassette. Ross Feinstein, porte-parole du directeur du renseignement national, s’est montré plus circonspect vis-à-vis de l’institut de Mme Katz. "Nous avons, dans nos seize agences de renseignement, les bonnes personnes aux bons endroits pour s’occuper de ces affaires", a-t-il déclaré.

Excluant une "gaffe" de la présidence, un spécialiste du renseignement induit l’idée d’un "coup tordu" d’une agence fédérale qui jugerait les services offerts par SITE plus "spectaculaires" que sérieux. A l’inverse, un responsable du renseignement a, selon le Washington Post, jugé ses informations "immensément utiles".

Mardi, un rapport de la Maison Blanche, intitulé Stratégie nationale pour la sécurité intérieure, a estimé qu’Al-Qaida "continue de chercher à acquérir et à utiliser du matériel chimique, biologique, radiologique et nucléaire" et que le Hezbollah libanais "pourrait envisager d’attaquer le territoire national" américain en cas de menace directe pour l’Iran.


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