vendredi 15 décembre 2017

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La Cour suprême ferme les yeux sur les prisons secrètes de la CIA

Philippe Gélie, le Figaro

mercredi 10 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Au nom de la guerre antiterroriste, le programme secret de détentions et d’interrogations qui a contribué à ternir la réputation de l’Amérique pourra continuer .

LES PRISONS secrètes de la CIA resteront secrètes et hors de portée de la justice. C’est ce qu’a décidé hier la Cour suprême américaine en refusant d’examiner le recours d’un étranger détenu par erreur pendant cinq mois dans les cachots de la centrale d’espionnage.

Sans explication, comme c’est son habitude, la plus haute juridiction américaine a validé le jugement d’une cour d’appel fédérale déboutant Khaled al-Masri de son recours contre l’ancien directeur de la CIA, George Tenet, et une vingtaine d’espions, au motif que cela aurait conduit à exposer des secrets d’État. Les avocats de la défense ont plaidé en vain que l’histoire de cet Allemand d’origine libanaise était déjà sur la place publique. Selon sa version, il avait été « kidnappé » pendant des vacances en Macédoine fin 2003, remis à la CIA et conduit dans une prison secrète en Afghanistan surnommée « la mine de sel ». Il y aurait été drogué, battu et torturé, avant d’être relâché en Albanie fin mai 2004.

Selon des notes révélées par le New York Times, le département de la Justice avait autorisé la CIA à utiliser des techniques d’interrogatoire musclées comme le « supplice de l’eau », qui provoque une sensation de noyade.

« Privilège de secret d’État »

Pour la Cour suprême, c’était l’occasion de se prononcer sur la légalité d’un des instruments les plus contestés de la « guerre antiterroriste ». Elle avait déjà invalidé en juin 2006 les tribunaux militaires spéciaux créés pour juger les prisonniers de Guantanamo. Elle a accepté d’examiner cette année le droit des « ennemis combattants » de contester leur détention. Elle est aussi saisie d’un recours contre la légalité du programme secret d’écoutes des citoyens par la National Security Agency (NSA), que le Congrès s’apprête à prolonger assorti de quelques garanties nouvelles.

Combinées, ces affaires mettent potentiellement en cause la légalité de tout l’arsenal antiterroriste. L’Administration Bush a donc accueilli hier avec soulagement la décision de la cour de s’en tenir au « privilège de secret d’État » reconnu dans sa jurisprudence depuis 1953.

L’existence de « sites noirs » opérés par la CIA avait été révélée par le Washington Post en novembre 2005. Une centaine d’individus seraient passés par ces camps secrets dans huit pays, dont la Pologne et la Roumanie. Varsovie et Bucarest ont toujours démenti mais un rapport du Conseil de l’Europe a réaffirmé en juin dernier leur participation au programme.

En septembre 2006, George W. Bush avait de facto reconnu l’existence de ces prisons en annonçant le transfert de 14 « gros poissons » d’al-Qaida à Guantanamo, dont Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001. Depuis, au moins trois autres détenus ont été transférés des sites de la CIA à Guantanamo. Selon des organisations de droits de l’homme, 39 personnes auraient disparu aux mains de ces geôliers de l’ombre sans plus donner signe de vie.


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