vendredi 20 octobre 2017

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Des drones dans la police ?

Alexandra Guillet, TF1.fr

mercredi 10 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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- A sa grande satisfaction, la police va se doter dès 2008 du drone ELSA pour surveiller par les airs des manifestations ou des violences urbaines.
- Cela inquiéte certains élus

POUR : "la police sera plus efficace"

Patrick Guyonneau, ingénieur au service des technologies de la Police nationale

Pour nous l’intérêt de ce type d’engin est double. D’abord ELSA (ndlr : engin léger de surveillance aérienne) est très souple et très discret. Il pourrait être envoyé par exemple en amont d’une intervention du GIPN ou du GIGN sur une personne retranchée, pour éviter les mauvaises surprises. En appui au sol, il peut permettre aussi de repérer des casseurs en marge d’une manifestation. On l’a bien vu lors des manifestations contre le CPE, il faut pouvoir isoler les casseurs pour faire l’action au bon endroit. Recourir à un drone peut aussi permettre de confirmer des informations qui nous sont envoyées. Imaginons par exemple que l’on soit appelé pour un incendie de voiture dans un quartier sensible. Le drone permettra de vérifier s’il y a bien un incendie de véhicule ou si, au contraire, c’est un guet-apens. ELSA permettra notamment de jeter un coup d’œil sur les toits des immeubles environnants.

L’autre intérêt est que grâce aux images que l’on aura, on pourra avoir des éléments constitutifs de preuve. Imaginez un juge d’instruction à qui nous présentons des casseurs. Si ces derniers nient leur implication, c’est parole contre parole. En revanche, si on a des images, ça chance tout de suite la donne.

Avoir recours à un drone n’est pas plus liberticide que la vidéosurveillance déjà en place. D’autant qu’on compte en faire un usage très ponctuel et que le champ de vision du drone est très réduit. On n’a pas dans l’idée de mettre au-dessus des têtes de qui que soit un système tel que définit chez les militaires avec une surveillance pendant des heures et des heures même s’il ne se passe rien. De toute façon l’autonomie de ce drone, qui est de 30 minutes, et la réglementation de l’aviation civile, ne nous le permettent pas. C’est juste une confirmation ponctuelle pour appuyer les forces. Et ce n’est parce qu’on veut utiliser cet engin qu’il y aura moins de patrouilles sur le terrain. L’idée, c’est de rendre la police plus efficace.

CONTRE : "La France n’est pas en état de guerre"

Daniel Goldberg, député PS de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis (Courneuve, Aubervilliers et Bourget).

Je pense qu’il faut préciser les missions qu’aurait ce drone. Si c’est pour intervenir dans le cadre d’une prise d’otage pour préparer une intervention de type GIGN ou GIPN, ça ne me pose aucun problème. Si c’est pour intervenir ponctuellement dans le cadre de rassemblements qui pourraient être violents, comme lors d’une soirée au Stade de France, on peut comprendre aussi. La peur que j’ai, si on ne détaille pas très précisément au départ le cadre d’intervention de ces drones, c’est que l’usage se généralise petit à petit. Si cet engin devient un moyen concret et quotidien de maintien de l’ordre dans les quartiers sensibles, ça ne me paraît pas être le dispositif adapté. Je trouve même choquant qu’on utilise les mêmes moyens que ceux qu’on utilise sur les terrains militaires. La France n’est pas en état de guerre.

Ce qu’il faut avant tout, c’est un renforcement de la présence policière sur le terrain. Des policiers qui soient formés, qui connaissent la population, qui se font respecter d’elle et travaille en confiance avec elle. Si petit à petit, on généralise la vidéosurveillance et la surveillance aérienne, on est loin d’un rétablissement de la confiance nécessaire entre la population et la police. C’est pourquoi je pense que ce genre d’engin doit être utilisé avec une autorisation préfectorale limitée dans le temps et en informant les élus locaux. On ne peut pas survoler comme cela des villes sans que les élus ne soient au courant.

Par ailleurs, toute image enregistrée est une atteinte à la liberté des individus. Se pose donc la question du contrôle de ces images. Qui a le droit de regard et à quel moment envoyons nous ce type de dispositif ? Si ces questions ne sont pas tranchées au départ, on peut aller vers une atteinte aux libertés. J’ai l’impression qu’on nous glisse cette proposition sans trop de discussion, sans trop en informer ni la population ni les élus locaux et que l’on est dans une voie de technicisation du maintien de l’ordre alors que ce que l’on demande depuis longtemps, c’est des moyens humains. Je compte interroger la ministre de l’Intérieur dans les prochains jours sur ce problème et engager un débat au Parlement.


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