samedi 21 octobre 2017

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Elections : un système de cryptage inédit testé en première mondiale

Olivier Dessibourg, Letemps.ch

vendredi 12 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Genève sécurisera la transmission des résultats du 21 octobre grâce à une méthode révolutionnaire, la cryptographie quantique, mise au point par des physiciens de l’Université.

« A ma connaissance, il s’agit d’une première mondiale ! C’est la première fois qu’une collectivité publique exploitera en situation réelle la cryptographie quantique pour sécuriser une transmission d’informations. » Grégoire Ribordy, directeur d’idQuantique, pèse ses mots. Mais ne cache pas sa satisfaction : la technologie révolutionnaire développée par cette société spin-off de l’Université de Genève (Unige) a été choisie par l’Etat de Genève et sera appliquée lors des élections fédérales du 21 octobre.

Le canton sécurisera en effet par cryptographie quantique la ligne de communication - des fibres optiques ordinaires - reliant Uni Mail, où seront dépouillés quelque 110000 bulletins, au centre de données de l’Etat situé à 1,5 km aux Acacias, a annoncé hier le chancelier d’Etat Robert Hensler : « Nous voulons offrir des conditions optimales de sécurité. »

A l’heure actuelle, les données confidentielles sont cryptées et protégées classiquement par des gros « cadenas digitaux ». La clé en est une suite informatique de « 0 » et de « 1 », que l’expéditeur doit faire parvenir au destinataire des données. Or même le plus solide des verrous devient futile si quelqu’un parvient à intercepter puis décrypter ladite clé.

Plus besoin d’être physicien

Depuis dix ans, le groupe de Nicolas Gisin à l’Unige développe une parade à ce problème, en tirant parti des lois d’un domaine de la physique appelée mécanique quantique et en les appliquant à... la lumière. « Deux particules de lumière (photons) peuvent se retrouver liées par une connexion immatérielle appelé « intrication », explique le professeur. Dans ce cas, il est impossible de faire une mesure sur ce couple sans le perturber. » C’est cette propriété, étudiée en détail dans les laboratoires, qui se retrouve aujourd’hui à la base de la cryptographie quantique.

Le système mis au point par idQuantique, et déjà testé à moult reprises, est simple. Deux « boîtes noires », de la taille d’un ordinateur, sont reliées par une fibre optique dans lequel circule le message crypté ; le 21 octobre, il s’agira des suffrages récoltés par chaque candidat. Quant à la clé qui permettra de les lire, il s’agit justement de deux photons « intriqués » par le dispositif, circulant par le même canal vers les deux terminaux. Et tout l’intérêt est là, dit Grégoire Ribordy : « Cette communication de la clé devient inviolable : si une tierce personne voulait intercepter cet échange, la configuration du couple de photons serait aussitôt modifiée. Si bien que tant l’expéditeur que le destinataire - ici les deux boîtiers situés à Uni Mail et aux Acacias - remarqueraient immédiatement qu’il y a eu intrusion. »

L’Etat de Genève a acquis ce système « pour la somme de 100000 francs, formation des utilisateurs comprise », a précisé Robert Hensler. « Mais l’un des autres avantages de notre produit est qu’il fonctionne de façon automatisée, dit Grégoire Ribordy. Plus besoin donc d’être physicien pour le manipuler. »

Immense marché émergeant

Toute « première » comportant des risques inhérents à son côté inédit, est-il raisonnable de tester cette innovation lors d’un événement aussi important ? « La valeur ajoutée apportée, ici, c’est moins de nous protéger d’attaques externes - nous le sommes déjà - que de nous permettre de voir si l’information a subi une altération lors de son transit entre la saisie et le stockage », rassure le chancelier. De plus, « la fibre optique utilisée fait partie d’un réseau appartenant à l’Etat », abonde Jean-Pierre Gilliéron, directeur de la production au Centre des technologies de l’information

Frédéric Costé, fondateur en France d’une entreprise concurrente, SmartQuantum, accueille avec intérêt l’essai genevois : « Le marché commercial de la cryptographie quantique reste à construire. Toute validation en conditions réelles de cette technologie permet de montrer sa puissance et sa robustesse. » Sans trop s’avancer Grégoire Ribordy confirme que « le marché annuel de la cryptologie classique est estimé à 500 à 600 millions de dollars », et qu’il compte dès lors bien « convertir une fraction de ces clients potentiels ». Vice-président d’une autre firme concurrente, l’américaine MagiQ, Andrew Hammond estimait plus franchement, en 2003, ce marché émergeant à un milliard de dollars.

Décidés à y jouer les premiers rôles, les scientifiques genevois ont aussi annoncé hier la création d’un réseau lémanique de communication quantique baptisé SwissQuantum. Géré par le professeur Gisin, « il constituera une plate-forme de recherches, de formation autant que de démonstration de la cryptographie quantique, et servira à profiler la région lémanique comme haut lieu de la sécurité numérique », souhaite Grégoire Ribordy.


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