mercredi 18 octobre 2017

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L’OTAN approuve le principe du "bouclier" antimissile américain

Laurent Zecchini, le Monde

vendredi 12 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Les ministres de la défense de l’Alliance atlantique, réunis jeudi 14 juin à Bruxelles, n’ont émis aucune critique ni réserve sur le projet américain de défense antimissile, qui prévoit l’installation de sites en Pologne et en République tchèque. Au contraire, ils ont approuvé un rapport qui envisage la complémentarité de ce projet avec les propres études de l’OTAN concernant la défense antimissile de territoire.

Ce faisant, ils se sont de facto alignés sur la position des Etats-Unis consistant à accueillir favorablement l’offre de la Russie d’utiliser une station radar russe en Azerbaïdjan, sans pour autant renoncer aux sites antimissile envisagés dans deux pays que Moscou a longtemps considérés comme faisant partie de sa sphère d’influence. Dans la mesure où, il y a peine deux mois, plusieurs pays européens manifestaient leurs réticences face à un projet qui accroît le lien militaire transatlantique et envenime les relations avec la Russie, il s’agit d’une incontestable victoire diplomatique pour Washington. Tous les pays de l’Alliance ont approuvé l’analyse américaine selon laquelle le programme balistique de l’Iran fait courir des risques à l’Europe et aux Etats-Unis, ainsi qu’aux troupes américaines déployées en Europe.

Devant son homologue russe Anatoli Serdioukov, Robert Gates, secrétaire américain à la défense, a confirmé les intentions de Washington : "J’ai dit très explicitement que nous considérions le radar (russe) en Azerbaïdjan comme une ressource supplémentaire, et que nous avions l’intention d’aller de l’avant avec le radar à bande X en République tchèque", a indiqué M. Gates, en soulignant que M. Serdioukov n’a pas réagi à ses propos. Or l’objet de la proposition faite le 7 juin par Vladimir Poutine visait à remplacer le radar américain prévu en République tchèque par le radar russe en Azerbaïdjan. Cette solution ne supprimait pas la présence des 10 missiles américains en Pologne, mais elle avait un avantage certain pour Moscou : la station radar de Gabala, louée par la Russie à l’Azerbaïdjan, qui fonctionne depuis une vingtaine d’années, ne permet pas de surveiller les forces stratégiques russes. La Russie craint - non sans raison -, que les Etats-Unis ne couplent le radar en République tchèque avec les installations radar d’alerte avancée dont ils disposent déjà à Fylingdales (Angleterre), Thulé (Groënland) et Vardo (Norvège), ce qui leur permettrait de disposer d’un maillage fin pour surveiller les forces stratégiques russes.

Après avoir menacé de pointer ses fusées sur les sites antimissile américains en Europe, la Russie a adopté un ton nettement plus modéré lors de la réunion du G8, la semaine dernière, en Allemagne. C’est à cette occasion que M. Poutine a fait sa contre-proposition portant sur l’utilisation du radar en Azerbaïdjan, reconnaissant ainsi indirectement la réalité d’une menace balistique iranienne. "Je suis très satisfait que le président Poutine ait reconnu l’intérêt d’une défense antimissile et le fait que l’Iran représente un problème qui doit être abordé en termes de défense antimissile", s’est félicité M. Gates.

Les Américains n’ont pas formellement demandé à l’OTAN d’endosser leur projet (ni d’y contribuer financièrement), mais ils ont obtenu une approbation tacite. Les Alliés ont en effet décidé, jeudi, de lancer une étude pour "évaluer les implications politiques et militaires du système antimissile américain", a confirmé le porte-parole de l’OTAN. Celle-ci, qui sera finalisée lors du sommet de l’OTAN à Bucarest, en avril 2008, devra notamment envisager une solution pour compléter le "bouclier" américain par le déploiement d’une défense antimissile à courte portée dans les pays du flanc sud de l’Europe qui ne seront pas couverts par les sites de Pologne et de République tchèque (Grèce, Turquie, Bulgarie, sans doute le sud de l’Italie et l’est de la Roumanie). "La "feuille de route" de l’OTAN est maintenant claire. C’est concret et accepté par tous", a assuré Jaap de Hoop Scheffer, secrétaire général de l’OTAN. Moscou n’a pas immédiatement commenté le consensus intervenu au sein de l’Alliance atlantique, lequel fait peu de cas des objections russes.


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