mardi 12 décembre 2017

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Les pays occidentaux se préparent à riposter aux attaques des "cyberguerriers"

François d’Alançon, La-croix.com

dimanche 14 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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L’Occident découvre les nouvelles capacités de dissuasion de la Chine

Après les attaques informatiques subies de juin à septembre par des centres gouvernementaux de cinq pays occidentaux – États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, France et Nouvelle-Zélande –, l’Armée populaire chinoise fait figure de suspect numéro un, même si sa « signature » reste difficile à identifier précisément.

Fortement médiatisées notamment à Washington et à Londres, ces attaques ont poussé les capitales visées à renforcer leurs dispositifs de sécurité.

Pour faire face à ce phénomène, l’armée de l’air américaine vient ainsi de se doter d’un « cybercommandement » qui sera remplacé d’ici à un an par un commandement permanent entièrement dédié aux opérations de « cyberguerre ».

Les États-Unis entendent ne pas se limiter à une activité défensive de veille et de surveillance. Elles vont aussi développer des capacités offensives pour « pénétrer les écrans de protection internationaux, légaux et techniques » de l’adversaire.

Des guerres “informationisées”

En France, l’accent est mis sur les techniques de défense. C’est la Direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (DCS-Si) du Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) qui coordonne l’action des différents services publics concernés par la sécurité informatique, en liaison avec les services de renseignement.

Toujours au SGDN, le Centre opérationnel en sécurité des systèmes d’information (Cossi), en fonction 24 heures sur 24, est chargé de diffuser l’alerte, de coordonner la riposte et d’évaluer la gravité de la menace.

L’Armée populaire de libération (APL) n’a jamais fait mystère de ses ambitions en matière de « cyberguerre ». Dans un livre blanc sur la politique de défense publié en 2006, le gouvernement chinois affirmait sa volonté « d’atteindre l’objectif stratégique de construire des forces armées “informationisées” et d’être capable de gagner des guerres “informationisées” d’ici à la moitié du XXIe siècle ».

Au sein de l’état-major de l’APL, une structure dédiée se consacre exclusivement à la guerre de l’information. Le « troisième département Zongcan Sanbu » (« Interceptions et infoguerre »), dirigé par le général Qiu Rulin, se trouve au cœur du dispositif et dirige le cartel de services qui mène régulièrement des opérations contre les réseaux gouvernementaux étrangers.

20 000 « hackers patriotiques »

Parmi la nébuleuse des deux millions d’agents, permanents ou occasionnels, des services de renseignement chinois, pas moins de 20 000 « hackers patriotiques », répartis dans plusieurs dizaines d’universités et de centres de recherches civils et militaires, dépendraient du ministère de la sécurité publique.

Les dernières attaques ciblées contre les sites occidentaux, en provenance de différentes villes chinoises, ont pris la forme d’envois de fichiers corrompus attachés à des courriels. « L’APL a démontré sa capacité à mener des attaques pour neutraliser notre système et, dans une situation de conflit, à perturber ce système sur une grande échelle », affirmait le mois dernier un ancien responsable américain cité par le quotidien britannique The Financial Times.

Face au suréquipement technologique de la superpuissance américaine, l’armée chinoise recherche l’économie de moyens et met en pratique une doctrine de « dissuasion asymétrique » en développant une capacité de nuisance à travers quelques techniques de pointe. L’illumination par arme laser d’un satellite américain en 2006 et l’essai réussi de destruction par un missile d’un de ses satellites, le 11 janvier 2007, font partie de cet arsenal.

Un réservoir impressionnant de « cyberguerriers » Les militaires chinois ne conçoivent pas la guerre de l’information comme un simple moyen d’améliorer leurs performances dans un conflit. La Guerre hors limites (1), un ouvrage publié en Chine dès 1999 par deux colonels de l’armée de l’air, évoque les mécanismes des guerres économiques et de l’information et classe les spéculateurs financiers comme George Soros ou les pirates informatiques comme des acteurs de premier ordre dans les guerres du futur.

Au lieu de menacer un pays avec l’arme nucléaire, dans une logique de puissance, la Chine a réalisé qu’elle pouvait le faire avec les techniques de la guerre de l’information. Elle pourrait ainsi utiliser une combinaison de moyens non militaires pour menacer la stabilité financière des États-Unis.

Par ailleurs, les stratèges chinois pensent que la guerre de l’information redonne une nouvelle actualité à la théorie de la « guerre du peuple » de Mao Zedong. Avec 137 millions d’internautes en 2007 (10,5 % de sa population totale et 30 % de celle de Pékin), la Chine dispose d’un réservoir impressionnant de « cyberguerriers » susceptibles de participer à la bataille dans le cyberespace. Les pays occidentaux commencent à en prendre conscience.

(1) La Guerre hors limites, Qiao Liang et Wang Xiangsui, Éditions Payot & Rivages, 2006, 9 €.


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