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Un général proche de M. Poutine dénonce les querelles de clans au sein du FSB

Marie Jégo, le Monde

lundi 15 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Proche du président russe Vladimir Poutine, un général membre des services de sécurité (FSB), Viktor Tcherkessov, vient de déplorer publiquement les querelles internes au sein de ces services, estimant qu’elles mettent en péril la "Corporation" qui dirige la Russie. C’est la première fois qu’un homme de ce rang évoque ouvertement l’existence de ce réseau composé des responsables des services de sécurité proches du président.

Dans une lettre ouverte publiée, mardi 9 octobre, à la "une" du quotidien Kommersant, Viktor Tcherkessov évoque la menace qui pèse sur les "tchékistes" (de Tcheka, l’ancêtre du FSB). "Des experts et des journalistes parlent déjà d’une "guerre des gangs" au sein des services", explique le général. Selon lui, cette "guerre ne peut pas avoir un vainqueur (...), elle s’achèvera par l’effondrement total de ce réseau" et ceci par la faute de certains "plus préoccupés de s’enrichir que de protéger la Russie".

Il explique que la Russie a été sauvée du chaos en 1999 par le FSB. Il compare le réseau des hommes en uniforme à un "crochet de boucher" (kriouk) auquel le pays serait suspendu. "Alors qu’elle tombait dans l’abîme (les années Eltsine), la société post-soviétique s’est accrochée au crochet tchékiste." Mais voilà que le crochet, "rongé par la rouille interne", menace de se rompre. Pour éviter la guerre "de tous contre tous", les hommes du FSB doivent "respecter certaines normes".

Honnis au moment de l’implosion de l’URSS il y a seize ans, les hommes en uniforme sont revenus en force aux postes de commande, constituant une caste que les Russes décrivent comme la "Corporation Poutine". Ils règnent sur l’administration présidentielle, le gouvernement, l’état-major, les grands groupes énergétiques, les baronnies régionales, les services secrets.

CONTREBANDE MASSIVE

Ancien agent chargé à l’époque soviétique de la lutte contre les dissidents, le général Tcherkessov est un proche de Vladimir Poutine. Les deux hommes ont étudié ensemble à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg, en 1973. Depuis 2003, il dirige le service en charge de la lutte contre les stupéfiants, placé directement sous l’autorité du président. Sa lettre ouverte a été publiée quelques jours après que son bras doit, le général Alexandre Boulbov, et d’autres responsables des stupéfiants ont été arrêtés par le FSB.

Ils sont accusés d’avoir accordé une protection à des sociétés commerciales contre rémunération et d’avoir procédé à des écoutes illégales. Le général Tcherkessov les dit innocents et laisse entendre que leur arrestation est une vengeance du FSB. Il est vrai que le général Boulbov a fait partie d’une commission d’enquête sur une affaire de contrebande massive au sein du FSB, des douanes (rattachées au FSB) et de sociétés d’exportation de meubles (Tri Kita, Grand, Liga-Mars).

En fait, cette affaire de contrebande dure depuis l’année 2000. Un inspecteur de police, Pavel Zaïtsev, avait alors établi que des officiers des douanes et du FSB se livraient à un important trafic de meubles, d’armes, de drogue et de produits pétroliers portant sur des centaines de millions de dollars. Son opiniâtreté ne fut guère récompensée. Après avoir perdu la direction de l’enquête (close en 2002), il fut condamné en novembre 2003 à deux ans de prison avec sursis.

Comparé à d’autres, son sort paraît clément : le journaliste et député de la Douma Iouri Chtchekotchikhine, qui avait dirigé une enquête parlementaire sur cette affaire, mourut d’une "méga-allergie" en juillet 2003. L’un des principaux témoins à charge, le militaire Sergueï Pereverzev, grièvement blessé dans un accident de voiture à la veille d’être entendu par les enquêteurs, fut assassiné dans sa chambre d’hôpital.

En juin 2006, l’enquête est rouverte. Menée par le service des stupéfiants, elle conduit à l’éviction de trois généraux : Sergueï Chichine, Vladimir Anisimov et Alexandre Koupriajkine. Leurs mises à pied étaient signées de la main du président. Pourtant, elles n’ont jamais eu lieu. Les généraux sont encore en place. Les seules personnes mises en examen dans cette affaire sont les propriétaires des magasins. Le FSB a étouffé le scandale, mais il n’a pas oublié l’offense infligée par les collègues des stupéfiants.

Le siège du FSB à Moscou. - LASKI WOJTEK


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