dimanche 22 octobre 2017

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Dans l’ombre de la CIA

Laurent Pericone, La Tribune.fr

mardi 16 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Son nom évoque l’espionnage, les complots et les coups tordus. Comment est née la CIA ? Qui la contrôle ? Quel est son bilan ? Franck Daninos retrace 60 ans d’histoire secrète des Etats-Unis. Passionnant.

Deux fois l’Amérique a été atteinte dans sa chair : à Pearl Harbor en 1941 et à New York le 11 septembre 2001. A chaque fois les services de renseignement ont été mis en cause. L’attaque japonaise a révélé la faiblesse américaine dans ce domaine et provoqué la création de la CIA en 1947, dans un pays traditionnellement très hostile à toute activité d’espionnage. L’attaque terroriste de 2001 a mis à nu les faillites de cette agence incapable d’identifier les nouvelles menaces. Pourtant, l’Amérique s’est appuyé sur la CIA pendant près de 60 ans. Pour le meilleur et pour le pire, comme l’explique Franck Daninos, chercheur spécialisé dans le renseignement, dans un essai passionnant.

Née à l’aube de la guerre froide, trois ans après la dissolution de la mythique OSS, l’agence a bâti sa puissance face à l’accroissement de la menace communiste. Son premier succès, elle l’obtient en Italie où l’activisme de ses agents et les dollars déversés pour contrer l’influent parti communiste font merveille. Et même si l’agence multiplie les échecs (à prévoir la première explosion atomique soviétique ou à déceler les tensions en Corée), l’argent coule à flot pour financer des activités qui se sont vite diversifiées. L’agence a mis au point ses fameuses "actions clandestines" qui, de la baie des Cochons jusqu’au financement de la guérilla en Afghanistan, ont connu des fortunes diverses.

Dans les années 1970, l’agence va devoir affronter de nouveaux ennemis : le Congrès et la presse. La période de détente avec l’URSS et l’affaire du Watergate seront propices au grand déballage. Les commissions d’enquête parlementaire vont révéler les coups tordus de la CIA : l’opération Chaos qui a consisté à espionner de milliers d’Américains (en violation de la charte fondatrice de l’agence), les expériences pseudo- scientifiques sur des prisonniers ou des malades mentaux pour percer les secrets de la manipulation mentale ou encore la collaboration avec d’anciens nazis. Les "bijoux de famille" de la CIA ainsi exposés, l’agence va désormais devoir travailler sous la surveillance de l’opinion publique. Les agents du KGB apprécieront...

Passionnant aussi est l’évocation des liens que les présidents successifs ont entretenus avec la CIA. Car l’agence dépend directement de l’exécutif : elle est donc soumise aux aléas des changements de locataires à la Maison Blanche. De la confiance totale pour Eisenhower ou Bush père (le seul président à avoir dirigé l’agence), en passant par l’indifférence d’un Clinton, voire la franche hostilité d’un Carter.

Pour Franck Daninos, l’une des clés de la réforme post-11 septembre est la création d’un véritable "ministère du renseignement" qui supervise la CIA et les nombreuses autres agences de renseignement (de l’armée, de la marine...) et le FBI dont la concurrence à souvent nuit au pays. Un défi pour un Etat fédéral hostile à toute concentration excessive des pouvoirs.

"CIA, une histoire politique. 1947-2007", de Franck Daninos. Tallandier, 460 pages, 23 euros. A lire aussi : "CIA, cinq années de colère", de Catherine Durandin (Armand Colin). "James Angleton, le contre-espion de la CIA", de Gérald Arboit (Editions Nouveau Monde). "La chute de la CIA", de Robert Baer (Folio Document).


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