vendredi 15 décembre 2017

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La France veut profiter de sa présidence de l’UE pour relancer la défense européenne

Laurent Zecchini, le Monde

mardi 16 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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La France table sur l’opportunité que va constituer sa présidence de l’Union européenne (UE), à partir de juillet 2008, pour être l’instrument d’une relance de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Cet objectif est d’autant plus important que Paris en fait l’une des conditions de son retour au sein de la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique.

Les avis divergent à Bruxelles sur le point de savoir si la PESD est ou non en panne depuis le 29 avril 2003, date à laquelle quatre pays fondateurs de l’Union (France, Allemagne, Belgique et Luxembourg) avaient tenté de lui donner une "impulsion politique". Les optimistes relèvent que certaines idées des "Quatre" ont reçu un début d’application, les autres soulignent le caractère embryonnaire des acquis de la PESD. "Nous nous sommes dotés de certains instruments, résume un haut diplomate européen, mais nous n’avons pas avancé sur le principe même de l’autonomie en matière de défense européenne." " L’approche des douze derniers pays qui ont rejoint l’UE n’a pas fondamentalement changé, ajoute-t-il. Pour eux, la sécurité, c’est l’OTAN, le développement économique, c’est l’Union."

Un débat similaire s’est ouvert à propos de la constitution de la force qui doit être déployée au Tchad et en République centrafricaine, que les ministres des affaires étrangères de l’UE ont approuvé lundi 15 octobre à Luxembourg. Les optimistes assurent qu’avoir réuni un total d’engagements nationaux à hauteur de 2 300 soldats (sur un objectif de 3 000) en dix jours est un succès. Les diplomates et militaires plus critiques insistent en revanche sur le fait qu’aucun grand pays de l’Union, hors la France, n’enverra de troupes. Le général Bentégeat, président du comité militaire de l’UE, y voit des circonstances atténuantes. Chiffres à l’appui, il explique que "sur le plan militaire, nous faisons face à une saturation des ressources capacitaires des Etats membres".

L’ancien chef d’état-major de l’armée française récuse l’idée selon laquelle la faible mobilisation n’est pas de bon augure pour la relance de la défense européenne, mais il reconnaît qu’il n’existe pas d’"indices" attestant une volonté britannique de favoriser un nouvel élan de la PESD. " Saint-Malo (ville où s’est tenu, en décembre 1998, un sommet franco-britannique fondateur de la défense européenne), rappelle-t-il, a eu lieu dans le contexte particulier de la frustration des Européens, incapables de faire face au problème bosniaque."

"Un "Saint-Malo bis ?", renchérit un diplomate français, il faudrait pour cela une appétence britannique. Or ce que nous constatons, c’est le retour de la Grande-Bretagne à sa position traditionnelle de blocage." Il est improbable que la Grande-Bretagne, prompte à dénoncer une "duplication" de Shape, le quartier général de l’OTAN, consente à une montée en puissance du Centre d’opérations de l’UE, une ébauche de "quartier général européen", dont les effectifs sont limités à 89 personnes, qui est pourtant l’étape obligée vers l’"autonomie" de la défense européenne souhaitée à Paris.

Au grand dam du Britannique Nick Witney, qui quitte au bout de trois ans son poste de directeur de l’Agence de défense européenne (AED), Londres n’a jamais consenti à donner à l’AED les moyens de son ambition : structurer une industrie de défense européenne. Les Européens ont, d’autre part, annoncé avec force publicité avoir créé 13 "groupements tactiques" de 1 500 soldats censés représenter la force de réaction rapide de l’UE. Mais comme ils n’ont jamais été mis à contribution, rien n’indique qu’ils sont opérationnels. Le cas du collège européen de sécurité et de défense (CESD) est encore plus incertain : lancé en 2003, il n’a pas de locaux, son secrétariat étant assuré par le Conseil de l’UE.

Dans un tel environnement politique, où les déficits publics n’inciteront pas à une progression des budgets militaires, la relance de la politique de défense est-elle réaliste ? Sachant la relation privilégiée qui lie la Grande-Bretagne aux Etats-Unis, Paris, indiquent plusieurs diplomates européens, n’a pas tort de lier les progrès de la PESD à l’évolution de l’OTAN.


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