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Le SCRS avait aussi à l’oeil les fédéralistes radicaux

Joël-Denis Bellavance, la Presse

mardi 23 octobre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) redoutait comme la peste que la mince victoire du NON au référendum de 1995 au Québec donne lieu à de violentes confrontations entre des groupes souverainistes radicaux et des organisations fédéralistes toutes aussi radicales.

Les services d’espionnage canadiens n’avaient donc plus à l’oeil seulement les groupes ultra nationalistes qui préconisaient la lutte armée pour réaliser la souveraineté du Québec. À partir de 1995, ils ont aussi surveillé les organisations fédéralistes qui exigeaient la ligne dure à l’endroit du mouvement souverainiste, révèlent des documents inédits obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

« Le référendum de 1995 a marqué un point tournant dans l’évolution des affaires politiques au Québec. La défaite du camp du OUI n’a pas été très bien acceptée par les éléments (souverainistes) les plus radicaux. Au même moment, des éléments radicaux du camp du NON ont créé des groupes pour s’opposer aux séparatistes en réaction aux déclarations politiques faites par les leaders du camp du OUI. (...) Le résultat de cette situation est une radicalisation et une polarisation du débat politique », écrit le SCRS dans une analyse de la situation politique dans la foulée du référendum de 1995.

« Depuis le référendum de 1995, la situation s’est radicalisée. De nombreux communiqués ont été émis par des gens prétendant représenter ces groupes qui sont prêts à utiliser la violence pour faire avancer leur cause politique. Aucun camp n’est à l’abri de ces éléments radicaux », ajoute-t-on dans ce document daté du 28 mars 1996 et intitulé Violence potentielle reliée au débat sur la souveraineté.

Dans le document en question, les noms des groupes qui ont fait l’objet de surveillance par le SCRS ont été censurés. Mais selon des informations obtenues par La Presse, les services d’espionnage canadiens ont épié les sympathisants du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ), fondé par l’ex-felquiste Raymond Villeneuve en 1995.

Dans le camp du NON, le SCRS s’est intéressé aux activités du Quebec Political Action Committee (QPAC), également fondé en 1995 et présidé par l’ancien animateur de radio anglophone de Montréal, Howard Galganov, jusqu’en 2000, toujours selon des informations obtenues par La Presse hier.

Ces deux individus ont d’ailleurs souvent fait les manchettes au cours des dernières années, notamment après la mince victoire du camp fédéraliste au référendum de 1995.

M. Galganov, qui a combattu certaines dispositions de la Charte de la langue française et qui a notamment organisé une manifestation devant un centre commercial de l’ouest de l’île de Montréal en 1996 pour dénoncer les commerçants qui n’affichaient pas assez dans la langue anglaise, a confirmé à La Presse hier avoir rencontré des agents du SCRS à son domicile entre 1996 et 1998.

« Ils voulaient savoir comment fonctionnait mon organisation, combien d’argent nous avions, et l’influence que nous avions. Ils voulaient aussi savoir avec quels politiciens j’avais frayé. Ils m’ont rencontré à plusieurs reprises. La Sûreté du Québec m’a aussi rencontré. C’était pas mal rock and roll à l’époque », a affirmé M. Galganov, qui a déménagé à Alexandria, en Ontario, après 2000.

M. Galganov, qui a déjà comparé l’ancien premier ministre Lucien Bouchard et le gouvernement du Québec aux nazis, a aussi indiqué avoir rencontré des agents de la CIA durant cette même période. « Ils voulaient savoir si notre organisation prônait la violence. Ils étaient plutôt intéressés par cet aspect », a dit M. Galganov.

Quant au groupe de Raymond Villeneuve, il serait toujours l’objet de surveillance du SCRS, selon des informations obtenues hier par La Presse. Le MLNQ continue de militer en faveur de l’indépendance du Québec en multipliant les sorties contre les fédéralistes et les institutions fédérales. Chaque année, le MLNQ organise une manifestation le 1er juillet dans la région de Québec pour dénoncer la présence canadienne dans la capitale.

Le SCRS est convaincu que l’organisation de M. Villeneuve a expédié des lettres de menace à des entreprises anglophones et à des multinationales dont le siège social est situé à Montréal.

En août 2002, M. Villeneuve a été condamné à trois mois de prison avec sursis après avoir proféré des menaces à l’endroit de Brent Tyler, un avocat montréalais opposé à la loi 101 qui a déjà été président d’Alliance Québec.

Après les attentats du 11 septembre 2001, M. Villeneuve avait tenu des propos controversés sur l’emploi de la violence dans les conflits de nature politique. « Je suis jaloux beaucoup (de ce qui a été fait à New York). Ce type d’action-là, on ne pourra jamais faire ça. Mais moi, ce que j’avais pensé, c’était des camions-citernes. Il semble que même ben Laden y a pensé. Faire sauter des camions-citernes, c’est plus facile que de détourner des avions. Ça peut être à Toronto comme ça peut être dans l’ouest de l’île de Montréal où il y a beaucoup de Canadiens », avait-il affirmé au magazine culturel Voir en novembre 2001.

Les souverainistes modérés ont souvent dénoncé les tactiques employées par M. Villeneuve pour faire avancer la cause de l’indépendance du Québec.

Avec la collaboration de William Leclerc.


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