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Le retour de djihadistes européens d’Irak inquiète les "services"

Piotr Smolar et Jean-Pierre Stroobants, le Monde

samedi 25 juin 2005, sélectionné par Spyworld

L’irak n’est pas seulement un problème pour les Etats-Unis ; il peut aussi devenir une source de menace pour la sécurité des Européens. Les spécialistes de l’antiterrorisme redoutent le retour sur le continent de combattants de la "guerre sainte" en Irak, où ils participent aux attentats de la guérilla islamiste, dont la fraction la plus dure, affiliée à Al-Qaida, est dirigée par le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui. Sur un total de 15 000 prisonniers faits en Irak depuis le début de la guerre, les étrangers seraient entre 200 et 300, selon les services français.

Giuseppe Pisanu, le ministre italien de l’intérieur, a ainsi déclaré le 9 juin : "On doit être préoccupé par le retour des terroristes partis en Irak et qui seront tentés de revenir en Europe, comme cela s’est produit après la Bosnie." Certains policiers et magistrats agitent la menace d’attentats sur le sol européen, de type kamikaze ou bioterroriste. Richard Clarke, ex-responsable de la politique antiterroriste américaine, très critique à l’égard de la démarche de l’administration Bush, a estimé, en mai, que "40 000 insurgés sont désormais en Irak". "Un jour, certains viendront aux Etats-Unis" , a-t-il déclaré.

Pour l’heure, aucun projet concret d’attentat n’a été découvert dans un pays européen. Mais la profondeur de la crise irakienne et la façon dont elle aimante les aspirations djihadistes expliquent ce pessimisme. D’autant plus que la Syrie voisine, étape quasi systématique dans les parcours, se montre impuissante ou laxiste, selon les policiers européens.

En Europe, le rythme des interpellations s’est accéléré. Des militants islamistes liés à l’Irak ont été arrêtés, au cours des dernières semaines, en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Espagne. A Madrid, les personnes appréhendées, le 15 juin, dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 11 mars 2004, auraient été en relation avec Al-Zarkaoui.

En Allemagne, au mois de janvier, une dizaine de personnes ont été mises en examen pour aide à des réseaux terroristes et recrutement de volontaires. En France, la direction de la surveillance du territoire (DST) a lancé, le 21 juin, une opération préventive à Limoges et à Montpellier contre des individus très radicalisés qui se sont rendus à plusieurs reprises en Syrie et en Irak. L’un d’eux serait mort en kamikaze.

Ce groupe, qui n’était pas lié à celui du 19e arrondissement à Paris, démantelé il y a quelques mois, aurait été en relation avec l’organisation Ansar Al-Islam (Partisans de l’islam). Celle-ci a été fondée en 2001 avec l’aide conjointe de Saddam Hussein ­ qui entendait l’utiliser contre les Kurdes modérés ­ et d’Al-Qaida, qui espérait trouver au Kurdistan une nouvelle terre d’accueil pour ses cadres. Il se finance grâce à différentes activités criminelles et à des dons de fidèles.

Selon l’International Institute for Strategic Studies (IISS), à Londres, la "base physique" d’Al-Qaida est, en réalité, désormais située plus près de Bagdad que de Kaboul. "L’Irak pourrait servir de terrain d’entraînement pour des djihadistes étrangers désireux de faire leurs preuves et devenir le fief d’une seconde génération de leaders pour Al-Qaida" , souligne le rapport 2005 de l’organisation. L’IISS confirme la montée en puissance d’Al-Zarkaoui, nouvel homme fort au sein du mouvement terroriste mondial.

Nul ne sait précisément combien de jeunes djihadistes européens pourraient faire le voyage en Irak, puis revenir. "Des dizaines, peut-être des centaines" , a déclaré le 27 avril, devant un comité du Congrès américain, Claude Moniquet, directeur de l’ESISC, un centre stratégique basé à Bruxelles. Selon lui, leur caractéristique est d’être plus jeunes que leurs prédécesseurs ­ ils auraient 18 à 20 ans en moyenne ­ et de n’avoir aucun passé dans les cercles islamistes. Ils passent directement à la lutte armée, sans le passage traditionnel par un enseignement théologique ou des camps d’entraînement.

Des sites Internet islamistes, devenus les principaux moyens de renseignement, de recrutement et de formation des djihadistes, sont accessibles à des moments précis, très limités, afin d’éviter les intrusions policières. Ils comportent parfois les noms de volontaires, de diverses nationalités, essentiellement saoudienne, syrienne et yéménite, mais font aussi allusion à des Européens.

L’implication de djihadistes européens en Irak est apparue pour la première fois lors d’une tentative d’attentat, en octobre 2003, contre l’hôtel Rachid de Bagdad, où séjournait alors le secrétaire adjoint américain à la défense, Paul Wolfowitz. Des commanditaires arabes non identifiés avaient envoyé des fonds qui ont transité par la Grande-Bretagne, destinés à des mosquées italiennes. Ces dernières ont été à l’origine du départ de plusieurs militants vers l’Irak.


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