jeudi 14 décembre 2017

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La DGSE fait son cinéma

Nicole Vulser, le Monde

mardi 6 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le Fort neuf de Vincennes a été quelque peu maquillé pour les besoins du film Secret défense, réalisé par Philippe Haïm. Ce jour-là, à la fin octobre, placée entre deux canons, une pancarte factice indique sur un mur épais la présence d’un centre de formation de la direction générale de la sûreté extérieure (DGSE). Dans un froid glacial, une grue de 11 mètres de haut a été élevée sur une place d’armes pour tourner quelques scènes. Plus de soixante-dix personnes de l’équipe de tournage ont envahi ce Fort. L’après-midi, les prises se succèdent et l’acteur Gérard Lanvin conduit plusieurs fois une voiture à vive allure pour entrer dans l’enceinte.

Le ministère de la défense a décidé, voici moins d’un an, de faciliter les tournages cinématographiques dans ses multiples sites (Le Monde du 5 février).

Celui de Secret défense, une production importante d’UGC (11 millions d’euros de budget), en est la traduction concrète.

"Pendant deux ans, j’ai rencontré des personnes qui travaillent ou ont travaillé dans le monde du renseignement", explique le réalisateur. Il s’est entretenu, de façon informelle, avec un premier chef de cabinet du directeur de la DGSE, à qui il a présenté le synopsis. Puis il a dû rencontrer son successeur.

Les professionnels ont quand même expliqué au cinéaste que le rôle d’agent assigné à Gérard Lanvin était juste, mais que dans la réalité, vu l’importance du cloisonnement des informations, il faudrait dix personnes pour effectuer tout son travail. Une critique balayée de la main par Philippe Haïm, qui a conscience "qu’il s’agit d’une fiction et qu’il faut écrire un rôle différent pour son acteur principal".

"Sans intervenir dans le scénario, l’armée a donné son aval pour tourner le film et faciliter les repérages", explique le lieutenant-colonel André Etancelin, qui chapeaute les tournages à la délégation à l’information et à la communication (Dicod) au ministère de la défense.

Pour Jacques Arhex, directeur de production du film, "tourner avec l’armée, c’est techniquement très facile".

Contrairement à d’autres pays comme les Pays-Bas, la France ne permet pas aux militaires en tenue de servir de figurants dans un film, il faut embaucher des intermittents du spectacle vêtus d’uniformes. Idem pour l’utilisation des armes à feu, qui sont louées à des sociétés privées.

Dans le cadre de la toute nouvelle Agence pour la valorisation des actifs immatériels de l’Etat, le ministère de la défense vient d’être désigné pilote de tous les ministères pour faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat grâce aux tournages cinématographiques. Il faut encore un effort de transparence : si l’on connaît le coût d’une heure de vol de Rafale (17 000 euros), en revanche, il n’existe aucune grille tarifaire précise sur la location des sites de l’armée.

Ce n’est pas pour coller à sa réputation de Grande Muette mais parce que "les factures sont établies par les services fiscaux".

Le Fort de Vincennes a servi de lieu de tournage pour le film "Secret défense" avec l’acteur Gérard Lanvin. - D.R.


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