mardi 12 décembre 2017

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Carlyle a fini par emballer Otor

Nicolas Cori, Libération, via Veille.com

mercredi 29 juin 2005, sélectionné par Spyworld

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Le fonds américain prend le contrôle du papetier français après un long bras de fer.

Carlyle a fini par avoir gain de cause contre les fondateurs d’Otor. Après plusieurs années de lutte, le fonds d’investissement américain a pris hier le contrôle du producteur français de carton. Lors de deux assemblées générales successives (l’une pour Otor, l’autre pour le holding de contrôle Otor Finance), puis d’un conseil d’administration, Carlyle est devenu propriétaire à 80 % de ce groupe de 3 000 salariés, et y a fait entrer trois de ses représentants au conseil d’administration, dont Jean-Pierre Millet, le patron du fonds en Europe. Carlyle a maintenant prévu de lancer une OPA sur les 20 % restant, qui sont cotés en Bourse.

La passation de pouvoir avec les deux fondateurs d’Otor Jean-Yves Bacques et Michèle Bouvier s’est finalement déroulée sans heurts. Ce qui n’était pas gagné vu la campagne d’influence et les multiples procédures judiciaires lancées par les deux ex-dirigeants. Mais cette fois-ci Bacques et Bouvier n’ont pu que se conformer à la décision de la cour d’appel de Paris, qui a rendu début juin un jugement définitif favorable à Carlyle.

Clause. Le conflit trouve ses origines en 2000, dans les conditions de l’arrivée de Carlyle au capital d’Otor. A l’époque, le papetier est dans une situation financière désespérée ­ sa banque, le Crédit lyonnais, menaçant de lui couper les crédits. Appelé à l’aide, Carlyle apporte 45 millions d’euros en échange d’une participation minoritaire. Mais le pacte contient une clause très favorable : si le groupe ne remplit pas des objectifs de rentabilité, le fonds a la possibilité d’en prendre le contrôle via un mécanisme d’obligation convertible en actions.

Dès 2001, la situation financière ne s’étant pas améliorée, Carlyle demande l’application du pacte. Bacques et Bouvier refusent, et se lancent dans une guérilla juridique tous azimuts. Ils contestent la validité du pacte, et notamment le fait qu’il prévoit un recours à un tribunal arbitral en cas de conflit. Ils s’attaquent au Crédit lyonnais, au motif que la banque serait liée à Carlyle. Ils vont même jusqu’à remettre en cause l’indépendance d’un juge composant le tribunal arbitral ­ prétendu trop proche de Carlyle ­, alors qu’il a été choisi par eux !

Symbole. En même temps, ils en appellent aux pouvoirs publics et prennent l’opinion à témoin, en se présentant comme un symbole des PME françaises attaquées par des fonds étrangers qui veulent les démanteler. Ils pointent aussi les liens de Carlyle avec la famille Bush et la CIA, et laissent entendre que le fonds veut s’emparer de l’industrie européenne de la défense. Ils sont même à l’origine de la création d’un site Internet anti-Carlyle.

Cette campagne d’influence connaît quelques succès, mais va contribuer à la chute des fondateurs d’Otor. Pour la financer, c’est l’argent du papetier qui est utilisé. Du coup, Bacques et Bouvier se font mettre en examen pour « abus de biens sociaux ». De quoi mettre à mal leur image de victime si patiemment construite... En mars, sous la pression, ils doivent démissionner de leur fonction de dirigeants. Peu après, le tribunal arbitral donne raison à Carlyle, en jugeant légale la conversion des obligations. La cour d’appel, en confirmant ce jugement, entérine la victoire du fonds d’investissement. Le conseil et les AG d’hier ne sont plus alors qu’une formalité.


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