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Dick Cheney ferait pression sur le renseignement américain pour qu’il confirme la menace iranienne

Matthieu Auzanneau, le Monde

samedi 10 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le vice-président américain Dick Cheney tenterait de faire taire les voix dissidentes au sein du renseignement américain, à propos du danger que représente le programme nucléaire iranien, selon deux officiers de la CIA en retraite cités jeudi 8 septembre par Inter Press Service (IPS), une agence de presse internationale indépendante.

La publication d’une note de synthèse sur l’Iran, rassemblant les points de vue des différentes agences de renseignement américaines, est ajournée depuis plus d’un an, selon un officier de renseignement impliqué dans l’élaboration de cette note. La communauté américaine du renseignement serait divisée au sujet du temps nécessaire à Téhéran pour fabriquer une bombe nucléaire. Gareth Porter, un spécialiste du contre-espionnage, auteur de la dépêche d’IPS, écrit : "Certains analystes moins indépendants sont prêts à laisser le bénéfice du doute au bureau de Cheney [le vice-président américain] et à ses affirmations alarmistes, mais d’autres rejettent ces allégations."

Selon un ancien officier de la CIA, cité de façon anonyme par l’agence IPS, la note de synthèse – baptisée "National Intelligence Estimate", elle rassemble les analyses des seize agences de renseignement – est prête depuis un an, et rend compte d’appréciations divergentes de celle défendue par la Maison Blanche et Dick Cheney. "Ils [la Maison Blanche] ont refusé de publier une version faisant état de ces appréciations divergentes", accuse l’ex-officier.

CONCLUSIONS ALARMISTES ?

Un second ancien officier de la CIA, Philip Giraldi, confirme la situation de blocage, en s’appuyant sur ses propres contacts au sein de la communauté américaine du renseignement. Il affirme que la National Intelligence Estimate (NIE) a été révisée et réécrite à trois reprises en un an, à cause des pressions de la Maison Blanche. "La Maison veut un document qu’elle puisse utiliser comme preuve pour justifier sa stratégie à l’égard de l’Iran", lance Philip Giraldi. Selon ce dernier, malgré les pressions, plusieurs analystes refusent d’assumer les conclusions alarmistes défendues par Dick Cheney, parce qu’ils jugent que ces conclusions ne sont pas étayées par des preuves. Même si l’Iran a considérablement progressé dans ses travaux d’enrichissement de l’uranium depuis un an.

En octobre 2006, dans le magazine The American Conservative, Philip Giraldi écrivait que la NIE sur l’Iran était rédigée, mais que le bureau de Cheney émettait des objections à la fois à propos du dossier nucléaire, et sur l’implication de Téhéran en Irak. Toujours selon M. Giraldi, la version provisoire de la NIE ne confirmait pas alors l’existence de preuves d’un financement par l’Iran des insurgés chiites irakiens.

JOHN NEGROPONTE "DISSIDENT"

D’après IPS, la volonté de Dick Cheney d’obtenir une NIE en ligne avec sa politique de forte pression à l’égard de l’Iran permettrait d’expliquer le départ de John Negroponte du poste de directeur national du renseignement au début de l’année. En avril 2006, John Negroponte avait mis en colère le camp néoconservateur, en déclarant que le renseignement américain jugeait qu’il faudrait encore "plusieurs années" avant que l’Iran soit "susceptible de disposer d’assez de matériaux fissiles pour fabriquer une arme nucléaire, peut-être au cours de la prochaine décennie".

John Negroponte a alors été visé par de vives attaques de néoconservateurs proches de Richard Perle et de Dick Cheney, à propos de cette déclaration. Le 5 janvier 2007, le président George Bush a remplacé M. Negroponte par le vice-amiral en retraite Mike McConnell, en tant que directeur national du renseignement. Selon l’hebdomadaire Newsweek, Dick Cheney en personne a approché Mike McConnell afin qu’il s’aligne sur sa propre perception du danger représenté par l’Iran.

Le 27 février, une semaine après son entrée en fonctions, M. McConnell déclarait au Comité des services militaires du Sénat qu’il était "à l’aise pour dire qu’il est probable" que les supposées fournitures d’obus perforants aux insurgés chiites d’Irak bénéficiaient du feu vert des plus hautes autorités iraniennes. Une accusation soutenue par Dick Cheney, mais qui n’a jamais été reprise ni par la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ni par le secrétaire à la défense Robert Gates, ni par John Negroponte.


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