vendredi 15 décembre 2017

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Un logiciel pour identifier les terroristes sur le Web

Presse Canadienne

mardi 13 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Reconnaître Shakespeare ou identifier un terroriste n’est guère différent pour un programme informatique. A l’université de l’Arizona, des scientifiques adaptent un logiciel d’analyse littéraire pour ratisser des millions de pages Web dans toutes les langues et repérer des indices invisibles à l’oeil nu.

Si l’anonymat est de règle dans la plupart des messages et vidéos militants publiés sur Internet, leurs auteurs et programmateurs laissent toujours des traces numériques, que ce soit dans les salutations, les autres mots de la page, la ponctuation, la syntaxe ou la façon dont ils encodent leurs liens avec d’autres documents et sites.

Ce sont ces signatures que recherche le chef du projet Dark Web, le directeur du Laboratoire d’intelligence artificielle Hsinchun Chen. En parcourant les sites Web et forums de discussion des islamistes radicaux avec le logiciel Writeprint, sur lequel il travaille depuis quatre ans à Tucson, il espère reconnaître les djihadistes les plus prolifiques ou les plus influents de ce qu’il appelle "l’université en ligne d’Al-Qaïda".

Il ne s’agit pas en revanche d’identifier les individus hors du cyberespace, affirme M. Chen, "car cela touche aux libertés civiles" et que les agences officielles de sécurité et du renseignement prennent alors le relais. "Notre outil les aidera à identifier les leaders d’opinion radicaux représentant un gros risque", explique-t-il, ajoutant que quelques agences -il ne veut pas préciser lesquelles-sont sur le point d’utiliser certaines des techniques mises au point par son équipe.

Le Pr Chen estime que le seul autre outil de recherche informatique pour les sites Web terroristes comparable au sien est développé à Richland, dans l’Etat de Washington, par le Laboratoire national Pacific Northwest. Selon un porte-parole de l’établissement, Greg Koller, le programme est effectivement destiné à "développer des outils pouvant aider à la prise de décision, mais rien qui soit complètement automatisé".

Le plus gros de la bourse de 1,3 million de dollars (890.000 euros) que l’équipe du Pr Chen a obtenue auprès de la Fondation américaine pour la science (NSF) sera consacré au repérage des personnes produisant des explosifs artisanaux et à leurs sujets de discussion, comme les mouvements de troupes américains ou les tactiques terroristes.

Le logiciel Writeprint, initialement utilisé pour authentifier les oeuvres de William Shakespeare, prend en compte 480 facteurs d’identification et donne un résultat "fiable à environ 95%", assure Hsinchun Chen.

"Cela augmentera formidablement la capacité et la rapidité de collecte et d’analyse de données, ce qui est crucial" dans la lutte contre le terrorisme, pour déterminer "d’où vient le site Web et où vont ses tentacules", estime l’ancien chef de l’anti-terrorisme au FBI, Dale Watson.

Certains forums de discussion extrémistes comptent près de 70.000 membres et un million de messages. La plupart des données sont en arabe mais de nouveaux sites Web sont apparus dans le monde depuis 2005, notamment en chinois, en espagnol ou en français. "Nous atteignons la limite" de ce qui peut être réalisé manuellement, "l’automatisation est absolument nécessaire", juge Evan Kohlmann, expert au Projet d’investigation sur le terrorisme, à Washington.

Mais certains spécialistes se montrent circonspects. "Pour dépasser le simple exercice scientifique, les techniques et méthodes développées doivent être applicables au monde réel de l’anti-terrorisme", souligne Ben Venzke, à la tête d’IntelCenter, une société privée étudiant les groupes terroristes pour des agences de renseignement.

Quant à Gabriel Weimann, expert en terrorisme international à l’Université israélienne d’Haïfa, il reste dubitatif. "Je ne suis pas très enthousiasmé par ce ’ratissage informatique"’, explique-t-il dans un échange par courriel avec l’Associated Press, "l’oeil humain voit plus, et plus en profondeur".


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