mercredi 13 décembre 2017

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Espionnage chez Valeo : 2 mois de prison ferme requis contre l’étudiante chinoise

Raphaëlle Picard, AFP

mardi 20 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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L’étudiante chinoise Li Li a apparemment réussi à démontrer qu’elle n’était pas une espionne industrielle sans toutefois convaincre le tribunal correctionnel de Versailles qu’elle n’avait en rien porté atteinte aux intérêts confidentiels de l’équipementier Valeo.

Une peine d’un an de prison, dont dix mois avec sursis, a été requise à son encontre, alors qu’elle a déjà fait 53 jours de détention provisoire entre avril et juin 2005. Elle était soupçonnée d’espionnage industriel chez l’équipementier Valeo à La Verrière (Yvelines), où elle a effectué un stage en 2005.

"Je ne savais pas que je n’avais pas le droit de télécharger ces données", a plaidé cette jeune femme de 24 ans, fluette et réservée. "Confidentialité est un mot que j’ai découvert avec cette affaire : je n’ai pas fait attention, je ne connaissais pas la gravité de cette chose avant".

L’étudiante, fraîchement diplômée de son école française d’ingénieur, est suspectée de s’être emparé entre février et avril 2005, des fichiers informatiques confidentiels lors d’un stage chez l’équipementier automobile Valeo, à La Verrière (Yvelines).

A l’époque, et sur fond de psychose commerciale autour des importations de textile chinois, le parquet n’avait pas hésité à parler d’espionnage industriel, présentant l’étudiante comme une Mata-Hari made in China.

Mardi, soumise à l’interrogatoire serré du président Philippe Boussant, Li Li est restée fidèle à sa version exposée pendant l’instruction.

"Je ne pensais pas faire mal : l’ordinateur de la société était saturé, je l’ai vidé pour faire de la place et j’ai sauvegardé les documents sur mon disque externe", a-t-elle expliqué.

"Je ne savais pas que c’était interdit, je n’ai pas réfléchi", a-t-elle martelé sur un ton mécanique et placide, au point de lasser le président.

"Vous avez téléchargé n’importe quoi ? N’importe comment ?", a-t-il fini par lui lancer, provoquant les larmes de la prévenue.

Précis et tenace, M. Boussant a repris toutes les questions soulevées lors de l’instruction, soucieux de faire émerger toutes "les incohérences dans les déclarations" de Li Li.

"Pourquoi ne pas avoir prévenu votre tuteur de stage de ce téléchargement ? Pourquoi avoir téléchargé des données sans aucun rapport avec votre rapport de stage ? Pourquoi avoir fait fi des différentes interdictions de copie imposées par la charte de confidentialité de Valeo ?"

"A toutes ces questions, Li li a répondu : "Je ne sais pas, je ne pensais pas".

"Et bien, moi, je ne suis pas du tout cette version naïve des choses où on ne retiendrait que la légèreté ou le manque de professionnalisme", a opposé la procureure Marie-Laure Boubas.

"Si nous ne sommes pas face à une espionne, nous sommes face à une jeune femme issue d’une famille aisée, qui a fait des études et dont le bagage intellectuel la rendait parfaitement capable de comprendre les règles de confidentialité d’une entreprise", a-t-elle ajouté.

La procureure a condamné ces opérations de téléchargement, les décrivant comme "volontaires", "dissimulées" et "répétées", infractions qui selon elle, "ne relèvent en rien de l’espionnage industriel ni du romanesque dont on a entouré cette affaire", mais qui sont des "actes répréhensibles".

Mise en examen en juin 2005 pour "abus de confiance", "accès frauduleux à un système informatique" et "modification ou suppression de données", Li Li a déjà effectué 53 jours d’incarcération, période de prévention pratiquement couverte par les réquisitions.

Le tribunal rendra sa décision le 18 décembre.


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