mercredi 18 octobre 2017

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Espionnage industriel : de la faute professionnelle à la psychose

Charlotte Pons, le Point.fr

jeudi 22 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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L’affaire a sans doute pris une ampleur que la jeune étudiante chinoise Li-Li Whuang ne soupçonnait pas. Mise en examen en juin 2005 pour "abus de confiance", "accès frauduleux à un système informatique" et "modification ou suppression de données", Li-Li Whuang, aujourd’hui fraîchement diplômée de l’Université technique de Compiègne, passait hier devant le tribunal correctionnel de Versailles. La procureure Marie-Laure Boubas a requis un an de prison dont 10 mois avec sursis.

L’affaire remonte à avril 2005, lorsque l’équipementier automobile Valeo dépose plainte à l’encontre de Li-Li Whuang, alors stagiaire dans l’entreprise, pour vol de données informatiques, des informations très sensibles téléchargées dans le disque dur externe de la jeune femme, chez qui les enquêteurs auraient trouvé six puissants ordinateurs contenant des données confidentielles.

Confidentielles ne signifie pas "à haut risque". Il n’empêche que très vite, une atmosphère de psychose entoure l’affaire, et que d’aucuns n’hésitent pas à parler d’espionnage industriel. En eût-il été de même si la jeune fille n’avait pas été de nationalité chinoise ? En matière de contrefaçon, il est facile de crier au péril jaune. Thierry Morin, pdg de Valeo, affirme même n’avoir pas connaissance de la nature à haut risque des informations, et récuse l’accusation d’espionnage industriel. De fait, l’enquête n’a jamais permis de prouver qu’il y avait eu transfert des données.

"A l’origine, c’était une affaire banale d’appropriation de données confidentielles, mais nous n’avons jamais parlé d’espionnage", a expliqué l’avocat de Valeo à l’AFP. "C’est une faute professionnelle que nous avons dénoncée au parquet, qui a estimé à son tour légitime de poursuivre."

Présentée par son avocat comme "une stagiaire maladroite", Li-Li Whuang a expliqué hier devant le tribunal qu’elle ne pensait pas à mal : "L’ordinateur de la société était saturé, je l’ai vidé pour faire de la place et j’ai sauvegardé les documents sur mon disque externe." Disque que le règlement interne lui interdisait pourtant d’utiliser. Mais à toutes les questions du président, la jeune fille a opposé son ignorance : "Je ne savais pas que c’était interdit, je n’ai pas réfléchi." Si la procureure a elle aussi récusé le contexte d’espionnage industriel, elle caractérise l’infraction de téléchargement "d’acte répréhensible". "Si nous ne sommes pas face à une espionne, nous sommes face à une jeune femme issue d’une famille aisée, qui a fait des études et d’un bagage intellectuel qui la rendait parfaitement capable de comprendre les règles de confidentialité de l’entreprise." Et de requérir deux mois de prison ferme, et dix avec sursis.

Le tribunal rendra sa décision le 18 décembre. En attendant, que les très nombreux stagiaires des entreprises françaises restent sur leurs gardes.


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