dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Le Fatah révise sa sécurité

Le Fatah révise sa sécurité

Delphine Mattieussent, Libération.fr

lundi 26 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

Proche-Orient. Académie militaire, réformes… l’Autorité palestinienne veut reprendre la main.

Les uniformes sont neufs et impeccablement repassés, les bottes cirées, les lits superposés faits au carré dans des chambres où règne une odeur de propre. Les drapeaux palestiniens claquent au vent devant l’escalier principal de l’imposant bâtiment de l’Académie palestinienne pour les sciences de la sécurité, qui a ouvert il y a moins d’un mois à Jéricho, en Cisjordanie. But affiché de son fondateur, Tawfiq al-Tirawi, chef des services de renseignements palestiniens : « Former la crème de la crème des services de sécurité palestiniens. »

L’ouverture de l’académie militaire, dont la construction a notamment été financée par les Etats-Unis, l’Union européenne et plusieurs émirats arabes, s’inscrit dans le cadre de la réforme des services de sécurité annoncée de longue date par le président palestinien, Mahmoud Abbas. Cette réforme est devenue urgente après le coup de force du Hamas à Gaza, en juin, qui a mis en évidence le manque de professionnalisme et les divisions des forces de sécurité affiliées au Fatah du président Abbas.

« Leçons ». L’appareil sécuritaire palestinien, en proie au népotisme et mal entraîné, est divisé en différentes chapelles qui obéissent souvent à des logiques claniques ou familiales. « Nous avons tiré les leçons de ce qui s’est passé à Gaza. La prise de pouvoir du Hamas est largement le résultat de nos divisions, et cela ne se reproduira pas en Cisjordanie, explique Nur Abou ar-Rub, le directeur de l’académie. Notre but est de créer une nouvelle génération d’officiers dont le but sera de servir le peuple palestinien. » Intensive, la formation combine entraînement militaire classique et études universitaires – hébreu, histoire, sciences politiques, ateliers de « résolution de conflits »…

Les 142 premiers officiers, qui sortiront de l’académie dans huit mois, ont été choisis dans les différents services de sécurité : force préventive, renseignement militaire et police. Ils ont été mélangés dans des chambres de huit, et la revendication de leur appartenance à telle ou telle force est interdite par le règlement. « Après ce qui s’est passé à Gaza, il fallait reprendre les choses en main », explique Bassem Moussa, 31 ans, membre de la force préventive, mise en déroute en juin à Gaza par le Hamas.

« Test ». L’ouverture de l’académie s’inscrit dans la série de mesures drastiques prises par Mahmoud Abbas pour contrer l’influence du mouvement islamiste en Cisjordanie : arrestations de militants, fermetures d’organisations sociales, renvoi d’imams affiliés au Hamas. Elle fait aussi partie des mesures prises par l’Autorité palestinienne pour tenter de démontrer avant la tenue demain de la conférence sur le Proche-Orient à Annapolis (Etats-Unis) que le gouvernement palestinien respecte les conditions fixées par la première phase de la feuille de route pour le Proche-Orient. Ce plan de paix, élaboré en décembre 2002 par le Quartette – Etats-Unis, ONU, Russie, Union européenne –, prévoit la création par étapes d’un Etat palestinien au côté d’Israël. Sa première phase exige notamment de l’Autorité palestinienne qu’elle lutte contre les groupes armés pour rétablir l’ordre et mettre fin aux violences anti-israéliennes. En échange, Israël s’engage à geler la colonisation et à se retirer des villes palestiniennes.

« Nous voulons prouver à la communauté internationale que nous sommes en mesure de gérer un futur Etat, explique Tawfiq al-Tirawi. Naplouse est un test pour nous. Si nous sommes en mesure d’y rétablir la sécurité, il en sera de même dans les autres villes de Cisjordanie. » Quelque 300 policiers, dont certains ont suivi un stage d’entraînement à l’académie, se sont déployés la semaine dernière dans cette localité considérée comme un bastion du Hamas et où des groupes armés, certains se réclamant du Fatah, font régner le chaos depuis des années.

« Il est difficile d’être optimiste, estime Mark Heller, un spécialiste israélien des questions de sécurité. La réforme des services de sécurité palestiniens a déjà été annoncée à de nombreuses reprises sans que cela soit jamais suivi d’effets. Il est trop tôt pour savoir si le déploiement de policiers palestiniens à Naplouse et la création de l’académie militaire sont les signes d’une vraie reprise en main ou s’ils font partie d’une opération de relations publiques avant la conférence d’Annapolis. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :