vendredi 28 novembre 2014

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Terrorisme : une base secrète DGSE-CIA à Paris

Arnaud de La Grange, le Figaro

lundi 4 juillet 2005, sélectionné par Spyworld

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CIA et DGSE collaborent depuis 2002

Il fait moins froid à l’ombre que dans la lumière. C’est ce que suggèrent les dernières révélations du Washington Post au sujet d’une inédite coopération entre services secrets français et américains. Alors que, entre Paris et Washington, les relations politiques étaient glaciales, que les diplomates se tiraient à vue dans les couloirs de l’ONU à propos de la guerre en Irak, les espions travaillaient au coude à coude pour traquer les sicaires d’al-Qaida. La CIA aurait même monté un centre ultrasecret au coeur même de cette « Vieille Europe » tant décriée : à Paris, en parfaite intelligence avec les hommes de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

A l’appui de ces affirmations, le quotidien américain raconte une opération montée par cette « Alliance base » en 2003, soit l’année suivant sa création. En juin 2003, donc, un ressortissant allemand répondant au nom de Christian Ganczarski embarque en Arabie saoudite sur un vol Air France à destination de Paris. L’homme est un converti à l’islam. Pour cause de visa de pèlerinage expiré, les autorités saoudiennes lui ont offert, à lui et sa famille, un billet retour vers l’Allemagne, via la France. Paris sera sa dernière escale. L’attend à la sortie de l’avion un comité d’accueil français flanqué d’un responsable de la CIA. Selon le Post, Ganczarski est conduit dans une cellule où il séjourne toujours pour suspicion d’association avec une entreprise terroriste. Selon des responsables européens et américains, il serait l’une des plus importantes figures encore en vie d’al-Qaida en Europe.

A la source de cette opération, la cellule antiterroriste « Alliance base » aurait été créée dans le tragique sillage des attentats du 11 septembre 2001. Elle serait largement financée par la CIA. A Paris, un acteur du monde du renseignement confirme son existence, sur laquelle ni la CIA ni les autorités françaises n’ont voulu réagir hier. « La structure est uniquement focalisée sur la lutte contre al-Qaida, affirme-t-il, c’est pour cela que le nom de code de « Alliance base » a été choisi, en référence à l’organisation de Ben Laden dont le nom signifie la base. » Selon la même source, il s’agit d’une initiative française, d’où l’implantation à Paris. Cette « base » antiterroriste est coordonnée par un général français, ancien chef de poste de la DGSE à Washington. Quatre autres pays collaboreraient au dispositif : la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada et l’Australie. Une mise en commun qui ne tombe pas sous le sens : les agents américains ont traditionnellement l’obsession du contrôle total sur les opérations, les Britanniques sont jaloux de leur relation privilégiée avec la CIA, et les Allemands réticents aux coups tordus. Personne n’est d’ailleurs prêt à suivre la CIA sur la voie de méthodes de « cow-boys », avec arrestations et transferts internationaux extra-judiciaires. On se souvient de la polémique sur l’enlèvement d’un imam radical égyptien par des agents américains dans les rues de Milan en 2003.

« Alliance base » n’est pas une structure formalisée, avec organigramme et locaux, poursuit ce spécialiste, mais un centre d’échanges plus poussés que d’ordinaire. Des agents dédiés des six pays peuvent se réunir quotidiennement à Paris, sans avoir besoin de prendre l’avion. Par contre, il s’agit plus d’échanges bilatéraux ad hoc que d’un vrai partage multilatéral. »

« Il ne faut pas imaginer un schéma classique, avec un chef, une mission, des moyens, confirme un ancien responsable de la DGSE, cela ne correspond ni aux méthodes américaines ni aux françaises. Je ne crois guère non plus à des opérations de recherche communes. Il faut plutôt voir des canaux permettant de mettre dans le pot commun des informations. » Il rappelle que ce type de coopération en matière de renseignement fonctionne depuis longtemps à merveille avec les Britanniques, contrairement aux affaires de police ou de justice. « Avec les Américains, cela a en effet bien changé depuis 2001. Avant, c’était franchement pénible... » Washington se serait résolu à profiter de l’expérience française des réseaux islamistes.

Le déploiement de commandos français en Afghanistan aux côtés des forces spéciales américaines aurait été un catalyseur de cette coopération, accélérée sur ordre de Jacques Chirac après 2001. Une fois n’est pas coutume, le Post cite des officiels américains rendant hommage au travail des Français. En spécifiant que, pour ne pas froisser Paris, la CIA aurait accepté que la langue de travail d’« Alliance base » soit le français...


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