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Le renseignement américain s’émancipe du politique

Randall Mikkelsen, Reuters

mercredi 5 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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En émettant publiquement des doutes sur les capacités nucléaires militaires iraniennes, les services de renseignement américains font preuve d’une rare indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, qui tranche avec leur attitude avant l’invasion de l’Irak.

Dans un document de synthèse dont la teneur a été rendue publique lundi, les seize agences fédérales révisent leur avis de 2005 assurant que l’Iran était "déterminé à développer des armes nucléaires malgré ses obligations et les pressions internationales".

Cette évaluation a servi de base à l’administration de George Bush pour justifier sa politique d’intransigeance envers la République islamique, sommée de renoncer à ses activités nucléaires sensibles sous peine de sanctions radicales, voire de frappes militaires.

Dans son nouveau rapport, le renseignement américain dit penser que l’Iran a gelé en 2003 son programme nucléaire militaire et "ne pas savoir" s’il a actuellement l’intention de fabriquer des armes, bien qu’il semble se réserver toutes les possibilités.

Dans les milieux spécialisés, on estime que ce rapport est exempt de toute influence politique extérieure et cherche à éviter les erreurs faites lorsqu’il s’était agi d’évaluer les capacités militaires irakiennes.

En 2002, l’évaluation des services de renseignement était que l’Irak possédait des armes chimiques et biologiques et mettait au point l’arme atomique - une assertion largement attribuée à des pressions de l’administration Bush pour justifier la guerre en Irak.

Sur cette base, le directeur de la CIA de l’époque, George Tenet, avait fait valoir au président Bush, à propos d’une intervention militaire, que "l’affaire était dans le sac", alors qu’aucune arme de destruction massive n’a été trouvée en Irak après l’invasion américaine. Tenet parlait de "slam dunk", expression issue du basket et qualifiant un panier facile et spectaculaire.

"CIBLE DIFFICILE"

Le nouveau rapport du renseignement américain ne suggère à aucun moment "une affaire dans le sac" concernant des armes nucléaires iraniennes, souligne le chercheur américain Stephen Aftergood.

"La communauté du renseignement démontre publiquement son indépendance et indique qu’elle est loin de vouloir inciter à une intervention militaire", note-t-il.

Le démocrate John Rockefeller, président de la commission sénatoriale du Renseignement, souligne que le rapport s’inscrit clairement en faux contre la position de l’administration au sujet de l’Iran.

"Cela traduit une volonté nouvelle de contestation interne et un niveau d’indépendance par rapport au pouvoir politique qui faisait défaut dans un passé récent", relève-t-il.

Michael McConnell, nommé en février au poste récent de directeur du renseignement national, ne comptait pas rendre publiques les conclusions des services placés sous sa tutelle.

Mais ceux-ci ont décidé de les déclassifier lorsqu’il est apparu que la nouvelle évaluation était sensiblement différente de celle de 2005, qui nourrit le débat public actuel sur l’Iran, dit-on dans les milieux du renseignement.

De même source, on se refuse toutefois à présenter l’évaluation précédente comme erronée, jugeant plutôt qu’elle était le fruit d’une pénurie d’informations.

"L’Iran est probablement la cible la plus difficile dans le domaine du renseignement. A côté, la Corée du Nord est une société ouverte et transparente", assure-t-on.

Le rapport sur l’Iran contient un élément clé aux yeux de Jon Wolfsthal, du Centre d’études stratégiques internationales : le fait que les pressions et la surveillance internationales ont conduit à l’arrêt du programme nucléaire iranien.

"C’est un élément de preuve qui manquait dans le cas de l’Irak, dont l’administration Bush était convaincue qu’il poursuivait ses efforts (d’armement) malgré les sanctions", observe-t-il.

Certaines conclusions du rapport sont assorties néanmoins de réserves de certains de ses contributeurs. Ainsi, le département de l’Energie et le Conseil national du renseignement émettent des doutes sur l’arrêt complet du programme nucléaire militaire iranien.


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