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La CIA et la DGSE auraient créé une structure antiterroriste commune : "Alliance base"

Laurent Zecchini, le Monde

mardi 5 juillet 2005, sélectionné par Spyworld

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Que la CIA et son homologue française, la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), collaborent, ce n’est pas étonnant. Qu’elles aient continué à le faire alors que les relations entre Washington et Paris connaissaient une période de refroidissement à la suite des divergences sur la guerre en Irak, ne l’est pas davantage, tant les relations entre "services" ont leur propre logique, en parallèle des relations diplomatiques. Que la CIA et la DGSE aient créé une structure antiterroriste commune, à Paris, laquelle serait dirigée par un général français et largement financée par la centrale du renseignement américaine, voilà qui est plus surprenant.

Selon ces informations, révélées par le Washington Post, dimanche 3 juillet, "Alliance base", centre dont l’existence était jusque-là inconnue et qui aurait été créé en 2002, a pour fonction d’"analyser les mouvements transnationaux des terroristes suspects et de lancer des opérations pour les capturer ou les espionner". Dirigée par un général de la DGSE, cette structure ultrasecrète de caractère multinational, comprendrait des officiers de six pays : Royaume-Uni, France, Allemagne, Canada, Australie et Etats-Unis.

Afin de ne pas afficher le rôle des Etats-Unis, dont les méthodes consistant parfois à enlever secrètement des suspects gênent certaines capitales (comme vient de le rappeler la récente polémique italo-américaine liée à l’enlèvement à Milan, le 17 février 2003, d’un imam égyptien soupçonné d’appartenance à Al-Qaida), la langue de travail d’Alliance base est le français, précise le Washington Post . Lorsqu’une opération est décidée, un pays est choisi, à charge généralement pour ses propres services de mener à bien ladite opération.

Pour illustrer cette collaboration entre la CIA et la DGSE, le Post cite notamment l’exemple de l’arrestation d’Ahmed Mehdi, de nationalité marocaine, et de Christian Ganczarski, un Allemand converti à l’islam ; tous deux sont soupçonnés d’être des représentants d’Al-Qaida en Europe. Ces deux terroristes ont été respectivement interpellés les 20 mai et 3 juin 2003, dans le cadre d’une opération montée par Alliance base, avec la collaboration des services secrets français, américains et allemands, et impliquant l’intervention du juge français antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Celui-ci a déclaré au Washington Post qu’il a "de bons rapports avec la CIA et le FBI" . Il s’agirait de l’une des quelque douze opérations de grande envergure montées par Alliance base depuis sa création.

ORDRE DE JACQUES CHIRAC

Le Washington Post explique qu’après les attaques du 11 septembre 2001, le président, Jacques Chirac, a donné l’ordre aux services de renseignement français de collaborer sans aucune restriction avec les services américains. La France aurait ainsi permis à la CIA de se servir de ses installations aériennes à Djibouti, afin de faire décoller un drone armé Predator pour tuer des membres d’Al-Qaida. Cette opération s’est déroulée au Yémen, le 3 novembre 2002. Abou Al-Harithi, soupçonné d’être à l’origine de l’attaque contre le destroyer américain Cole , le 12 octobre 2000 dans la rade d’Aden, avait été tué par un missile, ainsi que six autres terroristes.

Dans cette collaboration entre "services", explique le Washington Post , la CIA apporte le financement (elle assumerait le coût du transport de suspects à Paris), et la France ses lois antiterroristes sévères, ainsi que sa surveillance des réseaux islamistes. "Il y a un échange d’informations facile" avec la CIA, rapporte Pierre de Bousquet de Florian, directeur de la DST.

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DELALANDE RAYMOND/JDD/GAMMA Alliance antiterroriste entre la CIA et la DGSE.


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