lundi 11 décembre 2017

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Un journaliste mis en examen pour un article publié dans "Le Monde"

A. S., le Monde

vendredi 7 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Le journaliste Guillaume Dasquié a été mis en examen, jeudi 6 décembre, pour compromission du secret de la défense. Il est reproché à M. Dasquié d’avoir divulgué, dans Le Monde du 17 avril, des documents non déclassifiées provenant de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sur les informations dont disposaient les services de renseignements français sur Al-Qaida avant les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, avait saisi le garde des sceaux d’une plainte contre X….

Guillaume Dasquié est poursuivi sur la base des articles 413-9 et 413-11 du code pénal, pour "détention et divulgation au public de renseignement ou fichier ayant le caractère d’un secret de la Défense nationale". Les poursuites s’inscrivent dans le cadre d’une information judiciaire qui a été confiée au juge du pôle antiterroriste, Philippe Coirre.

Il a été interpellé mercredi 5 décembre à son domicile par des agents de la direction de la surveillance du territoire (DST), qui ont perquisitionné chez lui. M. Dasquié a été placé en garde à vue au nouveau siège de la DST à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Il a été mis sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’entrer en contact avec des membres de la DGSE. Sa garde à vue a été révélée par le site Internet d’information Rue89.com.

Selon des sources judiciaires, des documents auraient été saisis en rapport avec l’infraction. Une autre personne a été interpellée et mise en examen dans le cadre de cette procédure. Il s’agirait d’un agent de la DGSE dont le nom n’a pas été dévoilé.

"CE SONT LES RISQUES DU MÉTIER"

Le Monde avait notamment publié le fac-similé d’une note classée confidentiel-défense du 5 janvier 2001 sur Al-Qaida, intitulée "projet de détournement d’avion par des islamistes radicaux", et une autre montrant le comité exécutif d’Al-Qaida. Guillaume Dasquié était en possession de 328 pages de documents rédigés entre juillet 2000 et octobre 2001. Il les avait montrés au chef de cabinet de la DGSE, dans le cours de son enquête.

"Je suis bouleversé par la procédure que j’ai vécue, explique Guillaume Dasquié. L’objet de la garde à vue était vraiment de connaître mes sources. Ce sont les risques du métier, mais j’ai été surpris des fortes incitations que j’ai subies de la part de membres du parquet et de la DST pour ne pas faire usage de l’article 109 du code pénal, sur le secret des sources", explique-t-il. Selon lui, on lui aurait fait comprendre qu’il serait placé sous mandat de dépôt s’il ne parlait pas.

M. Dasquié est le cofondateur du site internet payant geopolitique.com, qui publie des documents confidentiels. Il a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Ben Laden, la vérité interdite (Denoël, 2002).

Reporters sans frontières a dénoncé dans un communiqué les "procédés abusifs" utilisés à l’encontre de M. Dasquié, estimant qu’on "ne peut pas faire porter la responsabilité de fuites, au sein des services de renseignement ou d’un cabinet d’instruction, à un journaliste qui divulgue des documents méritant, en l’occurrence, d’être portés à la connaissance du public. Guillaume Dasquié a fait son métier. Il ne doit pas être traité ainsi."

Le nouveau siège de la DST à Levallois-Perret, où le journaliste Guillaume Dasquié a été placé en garde à vue, mercredi 5 décembre. - AFP/STEPHANE DE SAKUTIN


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