dimanche 17 décembre 2017

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Facebook rêve de vendre votre vie privée

Marie-Catherine Beuth, le Figaro

vendredi 7 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Facebook représente aujourd’hui 57 millions d’utilisateurs dans le monde (dont 16 millions en Europe, 1 million en France), et surtout 15 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Mercredi 31 octobre 2007, le jeune Kevin Colvin, stagiaire à l’Anglo Irish Bank, a prévenu ses supérieurs qu’il serait absent le lendemain pour « raisons familiales ». Le 1er novembre, son patron lui a envoyé sa réponse : « Merci de nous avoir prévenu. J’espère que tout va bien à New York. (Sympa la robe). » En pièce jointe, une photo de Kevin déguisé en fée en train de fêter Halloween. Son patron l’a trouvée quelques heures après la soirée sur le site communautaire Facebook.

L’anecdote fait maintenant le tour d’Internet. Elle est symptomatique du peu d’intimité que le réseau social offre à ses adhérents et des formidables possibilités offertes par la mine d’informations collectées. Car l’utilisateur de Facebook peut révéler tout ce qu’il veut : sa date de naissance, son adresse, ses goûts musicaux, ses voyages, ses envies les plus folles, son obédience religieuse, ses loisirs nocturnes, son parcours professionnel, ses fréquentations, son humeur du jour, ses rendez-vous.

Alors qu’il y a quelques années, il fallait parcourir plusieurs pages de Google pour rechercher des données, les réseaux sociaux comme Facebook livrent facilement toutes ces informations. Agrégeant les données livrées sur son blog, sur Twitter, dans les albums photo des autres, Facebook égrène en un clic la vie de chacun. Un utilisateur peut ainsi lire : « David P. va à la soirée organisée par Fred M. Alex P. et Marine S. sont maintenant amis. Emilie C. et Nicolas Z. ne sont plus en couple. Julien B. a reconnu Marie C. dans l’album “soirée kubrick” de Mike P. Emma T. en a marre de son boss. »

Décidé à gagner de l’argent avec la vie privée de ses 57 millions d’utilisateurs, Mark Zuckerberg, le président fondateur du nouveau géant de l’Internet, espérait transformer son royaume en empire de la publicité. Car si Facebook, dont Microsoft détient 1,6 %, vaut environ 15 milliards de dollars en Bourse, c’est un nain, avec 150 millions de dollars de chiffre d’affaires pour 30 millions de dollars de bénéfices, face à Google et ses 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 3,6 milliards de dollars de bénéfices.

Sites marchands

Afin de séduire les Coca-Cola et autres marques, Facebook avait lancé le mois dernier un système baptisé « Beacon », qui assurait aux annonceurs que leurs messages étaient transmis à des clients potentiels. Les analystes avaient applaudi. « Beacon » permettait aux amis d’un membre de Facebook de tout connaître de ses activités sur d’autres sites marchands avec lesquels Facebook était partenaire. Concrètement, si quelqu’un achetait une console de jeu Nintendo, un ordinateur personnel Apple ou louait un épisode des Soprano, ses amis en étaient informés sans que l’acheteur ait donné son autorisation.

Cette machine à engranger les dollars, a provoqué une véritable révolte des internautes qui n’ont pas supporté que les publicitaires s’immiscent dans leurs conversations avec leurs amis. « J’ai vu que ma petite amie avait acheté un article dont j’avais envie. Facebook m’a gâché Noël », assure Matthew Helfgott sur un forum en ligne. Ce jeune homme n’est pas le seul à être indigné. Le groupe de défense en ligne Moveon.org a lancé une pétition signée par cinquante-cinq mille personnes.

« Déçu par nos erreurs »

Face à cette rébellion, Facebook a renoncé. Désormais, c’est l’utilisateur qui décide si ses amis peuvent être informés de ses achats sur Internet. « Nous avons simplement mal fait notre travail. Je m’excuse pour cela, a déclaré Marc Zuckerberg. Même si je suis déçu par nos erreurs, nous apprécions tous les retours que nous avons reçus de nos utilisateurs. »

Mais les informations lâchées par les internautes ne font pas seulement le bonheur des annonceurs. Cette année, 83 % des recruteurs ont utilisé Internet pour en savoir plus sur un candidat potentiel. Leur part était de 75 % en 2005, selon une étude du cabinet américain ExecuNet. Pis, 43 % d’entre eux ont rejeté une candidature d’après les informations découvertes sur Internet, contre seulement 26 % deux ans plus tôt. Et le champ des « impairs » numériques est large.

Un amateur éclairé a connu des ennuis pour avoir été repéré sur des forums d’armes à feu. Une étudiante a été évincée d’un entretien après avoir été vue, en photo, accrochée à une barre de strip-teaseuse dans une fête de fin d’année. Attention donc, car des commentaires laissés sur des sites de jeu vidéo à l’âge de 14 ans peuvent vous suivre de longues années.


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